Élections Américaines : une Course Enfin Terminée ?

Samedi 7 Novembre 2020 : après de longues journées lourdes de tension et d’anxiété pour le peuple américain ainsi que pour le monde entier, et ne sachant toujours pas le résultat de tous les États, Joe Biden et Kamala Harris gagnent les élections américaines en remportant 290 Grands Électeurs sur 538. 

Voici la liste actuelle des états américains ainsi que leur nombre respectif de Grands Électeurs, et le parti ayant gagné :

  • Alabama – 9 – Républicain 
  • Alaska – 3 – Républicain 
  • Arizona – 11 – Démocrate 
  • Arkansas – 6 – Républicain 
  • Californie – 55 – Démocrate 
  • Caroline du Nord – 15 – Républicain 
  • Caroline du Sud – 9 – Républicain 
  • Colorado – 9 – Démocrate 
  • Connecticut – 7 – Démocrate 
  • Dakota du Nord – 3 – Républicain 
  • Dakota du Sud – 3 – Républicain 
  • Delaware – 3 – Démocrate 
  • Floride – 29 – Républicain 
  • Géorgie – 16 – résultat toujours inconnu
  • Hawaï – 4 – Démocrate 
  • Idaho – 4 – Républicain 
  • Illinois – 20 – Démocrate 
  • Indiana – 11 – Républicain 
  • Iowa – 6 – Républicain 
  • Kansas – 6 – Républicain 
  • Kentucky – 8 – Républicain 
  • Louisiane – 8 – Républicain 
  • Maine – 4 – Démocrate 
  • Maryland – 10 – Démocrate 
  • Massachusetts – 11 – Démocrate 
  • Michigan – 16 – Démocrate
  • Minnesota – 10 – Démocrate 
  • Mississippi – 6 – Républicain 
  • Missouri – 10 – Républicain 
  • Montana – 3 – Républicain 
  • Nebraska – 5 – Républicain 
  • Nevada – 6 – Démocrate 
  • New Hampshire – 4 – Démocrate 
  • New Jersey – 14 – Démocrate 
  • Nouveau-Mexique – 5 – Démocrate 
  • New-York – 29 – Démocrate 
  • Ohio – 18 – Républicain 
  • Oklahoma – 7 – Républicain 
  • Oregon – 7 – Démocrate
  • Pennsylvanie – 20 – Démocrate 
  • Rhode Island – 4 – Démocrate 
  • Tennessee – 11 – Républicain 
  • Texas – 38 – Républicain 
  • Utah – 6 – Républicain 
  • Vermont – 3 – Démocrate 
  • Virginie – 13 – Démocrate 
  • Virginie-Occidentale – 5 – Républicain 
  • Washington – 12 – Démocrate
  • Wisconsin – 10 – Démocrate
  • Wyoming – 3 – Républicain 

En plus s’ajoutent 3 électeurs du District de Columbia :

  • Washington DC – 3 – Démocrate 

Pour rappel, le système électoral des États-Unis est universel indirect, c’est-à-dire que les américains élisent leurs Grands Électeurs, qui à leur tour élisent le.a président.e et le.a vice-président.e. Le nombre de Grands Électeurs dépend de la population d’un État : plus il est peuplé, plus il aura de Grands Électeurs. La limite minimale est cependant de trois, comme on peut le constater dans les 2 Dakotas ou dans l’État du Vermont par exemple. 

Le taux de participation de ces élections est l’un des plus hauts jamais enregistrés. On estime que 67% des Américains ont voté cette année, dont 73% en avance, contre seulement 55% en 2016, et 64% en 2008. Joe Biden devient par ailleurs le candidat ayant reçu le plus grand nombre de votes populaires avec plus de 75 millions de voix, surpassant de 10 millions ce qu’avait reçu Hillary Clinton quatre ans plus tôt.

Alors que le résultat des élections de 2016 avait été connu dès 7:30GMT le lendemain de l’ « Election Night », il aura fallu attendre quatre jours afin d’avoir ce résultat bleu. Pourquoi ?

Premièrement, quelques 300 000 votes par courrier auraient été perdus, annonce usatoday. Une grande recherche a été ordonnée par un juge fédéral dans plus de 12 districts pour savoir si oui ou non tous les votes ont bel et bien été comptés. 

De plus, la Géorgie avait ordonné un recomptage des voix, ce qui ralenti encore le résultat dans cet État. En effet, Donald Trump voulait faire en sorte de stopper le comptage des votes qu’il qualifie de frauduleux, appelant cette élection d’embarras pour les Américains, et annonçant avoir gagné les élections malgré les résultats officiels. De plus, il a annoncé vouloir saisir la Cours Suprême, continuant de se méfier des résultats de l’élection pourtant confirmés par plusieurs sources officielles, affirmant qu’ils sont truqués et avançant que des personnes décédées auraient voté et que les Républicains n’auraient pas eu le droit d’assister au dépouillement des voix. 

« … ET J’AI GAGNÉ LES ÉLECTIONS. FRAUDE DES ÉLECTEURS PARTOUT DANS LE PAYS » Tweet Donald Trump

De son côté, Biden remercie le peuple américain pour leur confiance qui lui accorde et appelle à l’unité plutôt qu’à la division. Il se dit prêt à gouverner, mettant la pandémie de Covid-19 en première place de ses nouvelles responsabilités une fois arriver au pouvoir. 

« En un moment : ne ne mettrai aucun effort de côté pour retourner cette pandémie » Tweet Joe Biden

La suite de ces élections reste à observer, avec la supposée saisie de la Cours Suprême et l’échange solennel de pouvoir, ainsi que l’inauguration de Joe Biden prévu pour le 20 Janvier 2021. 

Sofiane Kolli

Photo de couverture: nypost, 25 août 2020

Références:

https://www.theguardian.com/us-news/ng-interactive/2020/nov/18/us-election-results-2020-joe-biden-defeats-donald-trump-to-win-presidency

https://www.theguardian.com/us-news/2020/nov/03/2020-election-what-is-happening-so-far-key-swing-states

https://edition.cnn.com/2016/11/11/politics/popular-vote-turnout-2016/index.html

https://eu.usatoday.com/story/news/investigations/2020/11/03/postal-service-blows-deadline-check-missing-mail-ballots/6149643002/

https://www.theguardian.com/us-news/2020/nov/06/georgia-recount-us-election-biden-trump

Éviter une Troisième Guerre Civile en Côte d’Ivoire

« Même un bébé de deux ans ne fait plus confiance à Alassane Ouattara » a déclaré N’Goran Djiedri, un représentant de l’opposition, en réponse à la demande du président pour le dialogue après les élections à la fin d’octobre. Les deux guerres civiles qui sont déjà arrivées en Côte d’Ivoire ont suivi des élections présidentielles contestées. Ainsi on peut comprendre pourquoi le nombre de personnes qui ont quitté le pays par crainte de violence s’élève à plus de 8000. Mais comment la crise actuelle a-t-elle commencé ? Pourquoi une vieille querelle est responsable des souffrances de beaucoup ? Et comment peut-on obtenir une paix durable ?

Le mort du Lion

Quand Amadou Gon Coulibaly, « le Lion » de Korhogo, est mort le 8 juillet 2020, la stabilité et le calme que le président Ouattara tâchait d’établir depuis presque dix ans sont également morts. Ouattara a choqué plusieurs personnes en annonçant qu’il ne chercherait pas à avoir troisième mandat, en rupture avec la tendance observée normalement chez les dirigeants qui voulaient conserver le pouvoir. Cependant, après que son successeur choisi est mort, le président a eu un choix : trouver quelqu’un d’autre digne de confiance pour continuer ses politiques de croissance économique et développement sociale, ou se présenter aux élections. Inutile de dire il ne pouvait trouver personne.

L’opposition a riposté immédiatement. Bien qu’ils accusaient déjà le président d’ignorer les inégalités économiques et de négliger de concilier les groupes opposés après la guerre, l’annonce de Ouattara leur a permis d’attaquer son image autoritaire. Le parti dirigé par l’ex-président Henri Konan Bédié, le rival depuis longtemps de Ouattara, est devenu l’opposition primaire – Bédié l’a battu à la présidence de 1993 après la mort du père de la nation, Félix Houphouët-Boigny, en exploitant les origines burkinabés de Ouattara.

Le Loup et l’Agneau 

Guillaume Soro, ancien chef du groupe rebelle « Forces Nouvelles » qui a mené la première guerre civile contre le gouvernement de Laurent Gbagbo de 2002 à 2007, a tweeté que « L’ex-président de la Côte d’Ivoire [Alassane Ouattara] appelle l’opposition ivoirienne au dialogue avec la même intention que le loup affamé appellerait l’agneau au dialogue. » 

Ouattara a été réélu avec 90% des voix. Les soupçons de l’opposition ont dirigé aux manifestations et à la violence dans les rues malgré la confirmation de sa réélection par le Conseil constitutionnel et les félicitations au Ouattara de la communauté internationale. Soro, lui aussi un candidat présidentiel encore qu’il soit en exil à l’étranger après avoir été reconnu coupable du détournement de fonds, a réagi sévèrement sur Twitter à l’invitation de Ouattara au Bédié de s’engager dans le dialogue positif, mais heureusement Bédié l’a accepté et suivant des arrangements logistiques, les deux se sont rencontrés à l’Hôtel du Golf à Abidjan, le même endroit qu’Ouattara avait utilisé comme base pendant la deuxième guerre civile de 2010 à 2011. Voici la situation maintenant: 85 morts. Mais ce nombre pourrait croître. Bédié et Ouattara discutent en ce moment, mais ça pourrait changer. Y-a-t-il l’espoir pour une paix durable?

Côte d’Ivoire est le producteur le plus grand de cacao du monde [Photo de Etty Fidele sur Unsplash]

L’Avenir Incertain 

La Côte d’Ivoire est parmi les économies les plus fortes en Afrique de l’Ouest; son potentiel est indescriptible et l’unité est la voie la plus rapide pour réaliser ce potentiel. Personnellement, je pense que Ouattara continuera comme président mais pourrait potentiellement travailler avec Bédié pour adresser les inquiétudes légitimes des inégalités et disputes ethniques. Bien qu’il faille qu’on résolve ces vieilles tensions, il est plus important que les aspirations du pays soient partagés parmi la jeunesse pour rejeter les flammes du passé et réaliser un avenir meilleur pour tous.

Omar Khan

Références:

https://www.france24.com/fr/afrique/20201110-alassane-ouattara-f%C3%A9licit%C3%A9-en-afrique-pour-sa-victoire-en-c%C3%B4te-d-ivoire-o%C3%B9-la-tension-persiste

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/11/03/cote-d-ivoire-alassane-ouattara-reelu-l-opposition-accusee-de-complot-contre-l-etat_6058344_3212.html

https://www.lemonde.fr/afrique/video/2020/10/29/cinq-choses-a-savoir-sur-alassane-ouattara_6057804_3212.html

https://www.aljazeera.com/news/2020/11/11/ouattara-meets-bedie-for-talks-on-ivory-coast-election-crisis

Le Début de la Fin Pour Loukachenko ?

Depuis plus de deux mois, des dizaines de milliers de personnes manifestent chaque dimanche à Minsk, capitale de la Biélorussie. Ils s’opposent aux résultats de l’élection présidentielle du 9 août, en raison des fortes suspicions de fraudes. Cependant, malgré une mobilisation sans précédent, M. Loukachenko a maintenu fermement son emprise au pouvoir. Il semble que celui qui est considéré comme le « dernier dictateur d’Europe » sort vainqueur de cette crise. Cependant, certains affirment que, même si M. Loukachenko reste en place, ces manifestations marquent le début de la fin de son régime dictatorial. 

Des dizaines de milliers de manifestants à Minsk, peu après le discours d’Alexandre Loukachenko rejetant l’idée d’un nouveau scrutin
Vasily Fedosenko – Reuters 

Bientôt trois mois de manifestations et de répression

Le président sortant Alexandre Loukachenko a remporté plus de 80% des voix selon l’agence étatique Belta. Au pouvoir depuis 1994 après l’indépendance du pays, il entame ainsi son sixième mandat consécutif. L’arrestation de plusieurs opposants avant les élections, l’absence de débats entre candidats et les suspicions de fraude sont notamment dénoncés par les manifestants. Ils réclament des réformes démocratiques et son départ.

Ce n’est pas la première fois que des élections sont contestées par la population et l’opposition. Ce fut le cas notamment en 2010, où la communauté internationale avait posé des sanctions contre les dirigeants biélorusses après une violente répression. Cependant, jamais les protestations n’avaient pris une telle ampleur. Dès le lendemain de l’élection début août, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées spontanément à Minsk pour réclamer le départ de M. Loukachenko. Les manifestations chaque dimanche qui ont suivi ont réuni plus de cent mille personnes, un record historique. 

La candidate d’opposition Svetlana Tsikhanovskaïa a déclaré « Le pouvoir doit réfléchir à comment nous céder le pouvoir. Je me considère vainqueur des élections ». Depuis le mardi 11 août, elle s’est réfugiée en Lituanie pour éviter une potentielle arrestation et continuer à faire pression sur les dirigeants biélorusses. Elle a annoncé dès la mi-août la création d’un conseil de coordination. En effet, plusieurs figures d’opposition ont été arrêtées, notamment Maria Kolesnikova qui a été enlevée en pleine rue avant d’être emprisonnée. La répression est très forte. M. Loukachenko peut compter sur le soutien infaillible de l’armée, qui lui permet pour le moment de maintenir sa position. 

Arrestation et répression brutale
Sergei Gapon – AFP 

Canons à eau, véhicules blindés et grenades assourdissantes sont régulièrement déployés contre les civils protestant pacifiquement. Certains estiment que plus de 20 000 personnes ont été arrêtées, mais cela n’a pas empêché les travailleurs de se mettre en grève la semaine dernière. Plusieurs ONG dénoncent les violations des droits de l’homme par les autorités. Par exemple, l’Organisation mondiale  contre la torture a qualifié le traitement réservé aux manifestants arrêtés de « crime contre l’humanité ».  Le chef d’État justifie ce déploiement de violence en dénonçant une « atteinte à la sécurité nationale », et une tentative de « s’emparer du pouvoir » par le Conseil de coordination formé par l’opposition. 

L’UE et la Russie

Les pays voisins ont eu des réactions mitigées face à la situation particulière de la Biélorussie. Bien que les pays de l’Union Européenne aient rapidement annoncé qu’ils ne reconnaissaient pas les résultats de l’élection, ils ont tardé à prendre des mesures plus significatives. Historiquement, les relations entre l’Union et la Biélorussie sont tendues, et vacillent entre tentatives d’intégration et rejet mutuel. Cet entre-deux semble persisté. Les représentants européens ont rencontré à plusieurs reprises l’opposition biélorusse, notamment la candidate Svetlana Tsikhanovskaïa qui demande leur soutien. Des sanctions ont été décidées contre le pouvoir en Biélorussie. Cependant, les Européens paraissent réticents à condamner définitivement le président Loukachenko. L’Allemagne, la France et l’Italie se sont d’abord opposés à viser personnellement le dictateur, afin de garder une voie de communication ouverte. Face à cela, la Pologne et les pays baltes demandent plus de fermeté. Finalement, des sanctions ciblant une quarantaine de responsables biélorusses dont le président ont été annoncées, deux mois après le début du mouvement démocratique. 

Svetlana Tsikhanovskaïa (gauche) et Maria Kolesnikova (droite)
Sergei Gapon – AFP 

Autre puissance régionale, la Russie a elle aussi mesuré son intervention avec prudence. Les relations entre Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko ont connu quelques froids, avec la Biélorussie cherchant à prendre plus d’indépendance face à la Russie. Mais face à l’ampleur de la crise, le dirigeant biélorusse n’a eu d’autre choix que de se tourner vers M. Poutine. Dans un premier temps, le président russe a annoncé son soutien, sans pour autant envoyer d’aide directe. Le 14 septembre, les deux hommes se sont rencontrés en Russie, où M. Poutine a accepté d’accorder un prêt de 1,3 milliards d’euros pour redresser l’économie biélorusse, affaiblie par le Covid, les manifestations et une inefficacité structurelle. En échange, Moscou entend profiter de la situation pour étendre son influence en Biélorussie. 

L’opposition biélorusse joue prudemment dans cette balance. Svetlana Tsikhanovskaïa a plusieurs fois insisté que les protestations n’étaient pas anti-Poutine ou anti-Russie, pour ne pas provoquer une intervention militaire russe que les manifestants craignent par-dessus tout. Ce n’est pas non plus un sentiment pro-européen qui pousse les gens à défiler dans les rues. Le mouvement est pleinement dirigé contre le pouvoir du président Loukachenko et porte la volonté de démocratisation des citoyens. 

Et maintenant ? 

Les protestions continuent et prennent plusieurs formes. Depuis lundi 26 octobre, un mouvement de grève nationale a commencé dans le pays après un appel de l’opposition. Cependant, la violente répression sème la peur chez les participants, qui sont néanmoins déterminés à continuer. 

Au début du mouvement, plusieurs médias ont annoncé la fin du régime de Loukachenko, un peu trop rapidement peut-être. Cependant, même s’il parvient à se maintenir au pouvoir pour le moment, il est indéniable que sa position n’a jamais été aussi instable. Les problèmes économiques et la volonté de démocratisation de la population ont fragilisé les bases de son régime, et ont lancé un mouvement qui ne semble pas prêt de s’arrêter. 

Sergei Grits – AP 

Zoé Furgé