Le plan de l’UE pour envahir les marchés financiers américains

par Vittoria Elena Morini

Selon le département américain du contrôle des produits dérivés, en réponse au ‘Brexit’, Bruxelles a l’intention d’appliquer ses régulations aux entreprises non-européennes. Il y aurait, cependant, un risque de dédoublement des règles ainsi qu’une augmentation des coûts que les courtiers américains ne peuvent se permettre.

L’impact du ‘Brexit’ sur les marchés financiers est une source d’inquiétudes. Si à première vue les marchés américains pourraient sembler à l’abri d’une telle incertitude, en réalité il n’en est rien. En effet, l’UE a mal géré la flambée du Royaume-Uni, les conséquences pour les entreprises et les consommateurs américains pouvant donc s’avérer très graves.

Le ‘Brexit’ placera les marchés financiers de Londres en dehors du cadre réglementaire européen. En conséquence, la Commission européenne propose d’autoriser la réglementation des institutions financières non-communautaires par la Banque Centrale Européenne (BCE) et par l’Autorité européenne de surveillance du marché (AEMF).[1] La proposition s’étendrait bien au-delà de Londres. En effet, dans un monde toujours plus globalisé et toujours plus interdépendant, elle soumettrait les grandes institutions financières des États-Unis à la loi et à la réglementation européenne, même si elles ne serviraient que des clients américains. Une première proposition permettrait à l’AEMF[2] d’exiger des inspections sur place, par exemple au Chicago Mercantile Exchange, sans en aviser l’autorité principale, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Une autre proposition permettrait à la BCE d’imposer de nouvelles réglementations aux entreprises américaines, sans informer ou consulter la CFTC.[3]

Cependant, une régulation européenne chevauchant la régulation américaine serait inquiétant et dommageable pour les marchés commerciaux de l’économie américaine. Imaginez un match de football américain avec deux quarterbacks sur le terrain qui se battent pour le contrôle de la balle, cela deviendrait tout simplement impossible. Ces propositions peuvent affecter le coût du chauffage, les taux d’intérêt, ainsi que la disponibilité de certains aliments. Pourquoi ? Tout simplement parce que les agriculteurs et éleveurs seraient soumis à de plus gros risques dus à l’instabilité financière des marchés : une régulation mal orchestrée et inadaptée à son marché pourrait créer de plus grosses fluctuations et de la volatilité, résultant en de l’incertitude. Déjà particulièrement volatile car soumis notamment aux conditions climatiques, le secteur primaire pourrait alors compenser en augmentant le prix de ses produits. L’impact serait une baisse de pouvoir d’achat, ce qui entraverait encore d’avantage la relance économique.[4]

L’UE imposant sa régulation aux marchés américains rendraient la mission de la CFTC difficile, puisqu’elle a pour but de veiller à ce que les marchés financiers américains se développent et restent bien réglementés, puisqu’une régulation désordonnée pourrait ralentir la croissance et la progression des salaires. Si les Etats-Unis acceptaient un règlement européen pour des sociétés américaines, cela serait non seulement potentiellement dangereux, mais aussi paradoxal : les deux systèmes sont fondés différemment et adaptées à leurs marchés respectifs. La régulation financière aux Etats-Unis est encore en état de choc après une crise financière traumatique ayant provoqué une refonte totale de la législation bancaire, là où la législation européenne est plus statique.[5]

Sans aucun doute, le problème ‘Brexit’ soulève des défis pour la régulation des marchés financiers de l’UE. Il semblerait que la dernière chose dont les Etats-Unis aient besoin soit de voir des régulations et des coûts adaptés à l’Union Européenne imposés à leur marché.

(c) zdnet.com

[1] https://www.globalcustodian.com/Market-Infrastructure/CFTC-chairman-warns-EU-to-not-overreach-in-clearing-battle/

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Autorit%C3%A9_europ%C3%A9enne_des_march%C3%A9s_financiers

[3] Il Sole 24 Ore

[4] Chicago World

[5] https://en.wikipedia.org/wiki/Regulatory_responses_to_the_subprime_crisis

Harry Potter : A History of Magic

Par Yael Kunz

Londres est indéniablement un véritable trésor culturel. La ville regorge de lieux emblématiques aussi bien pour les fans de rock’n’roll que pour ceux de littérature. Que vous décidiez de visiter le restauré Shakespeare Globe Theatre ou de vous balader le long de la fameuse Carnaby Street ; que vous buviez une bière anglaise à George Inn, tout en vous plongeant dans l’atmosphère qui a inspiré Dickens pour son roman Little Dorrit, ou que vous preniez une photo avec vos amis sur le passage piétons d’Abbey Road ; peu importe quel est votre sujet de prédilection, il y a peu de choses que Londres ne puisse pas offrir. Et si c’est le sorcier à la cicatrice qui vous fait vibrer, la Ville-Monde se révèle regorger de trésors. Alors bien sûr, il y a les classiques : la visite du studio, le quai 9 ¾ à King’s Cross, Leadenhall Market, Cecil Court et j’en passe…Afin de fêter le vingtième anniversaire de la publication d’Harry Potter and the Philosopher’s Stone, un nouvel incontournable vient de s’ajouter à la liste et ce jusqu’au 28 Février 2018 : l’exposition Harry Potter : A History of Magic à la British Library.

A vrai dire, si le nom pourrait laisser croire le contraire, l’exposition n’est pas vraiment sur le livre, en soit, mais baigne néanmoins dans l’univers de ce dernier. L’exposition n’est pas une exposition sur Harry Potter – même si, bien sûr, elle regorge de références, d’allusions et même de petits trésors tout droit sortis de la collection personnelle de JK Rowling elle-même- , mais bien sur l’histoire de la magie telle qu’elle est chez nous, les Moldus. L’idée est plutôt simple : présentez, pièce après pièce, différents artefacts, pour la majeure partie, anciens, afin d’illustrer et de se plonger dans les différentes matières enseignées à Poudlard. Au fil des pièces, vous pourrez donc en apprendre un peu plus sur l’art des potions (et son ancêtre l’alchimie), l’herbologie, la sorcellerie, l’astronomie, la divination, la défense contre les forces du mal et les soins aux créatures magiques. Le travail accompli pour cette exposition est tel que chaque pièce a une identité propre, dégageant une atmosphère correspondant au thème qu’elle présente. Si l’entrée de l’exposition prend la forme d’une bibliothèque géante qui dès le début plonge le visiteur dans un monde à part, chacune des pièces est un tome racontant une toute nouvelle histoire – c’est d’ailleurs sur un livre géant que sont inscrites les différentes informations relatives à chaque pièce. Ainsi, si dans l’une des pièces, c’est le plafond qui a été transformé en ciel étoilé, dans une autre ce sont les murs qui voient se dessiner les ombres de créatures magiques tandis que leurs rugissements résonnent dans la pièce.

En s’aventurant à travers ses différentes atmosphères, vous pourrez découvrir des anecdotes qui tantôt vous surprendront, tantôt vous feront sourire. Par exemple, saviez-vous que le bien connu Abracadabra était à l’origine un sort connu pour soigner la malaria ? Ou encore que, d’après The Old Egyptian Teller’s Last Legacy – l’un  des plus anciens livres traitant de la divination -, un grain de beauté sur les fesses est synonyme d’honneur et gloire si vous êtes un homme et de richesse si vous êtes une femme ?

Ce que cette exposition a de magique, et qui la place, pour moi, au rang d’incontournable, outre ces petites informations qui font sourire et qui pourront toujours vous servir afin d’étaler votre culture lors d’un dîner, c’est qu’elle n’est pas juste une exposition sur Harry Potter ou sur la magie en général, mais bien sur les liens existant entre les deux. Elle explore les différentes influences qui ont permis de créer un monde à part, un monde à la fois inventé de toute pièce et pourtant bel et bien ancré dans la réalité, un peu dans la veine de celui qu’avait créé Tolkien, dont le travail a d’ailleurs fortement inspiré JK Rowling alors qu’elle étudiait à l’université d’Exeter. Car oui, JK Rowling ne s’est pas contentée d’écrire de simples livres. Elle a créé un univers, qu’elle a ensuite nourri, approfondissant des sujets comme le quidditch ou les créatures magiques dans des livres annexes prenant la forme de mini encyclopédies du monde magique, mais surtout à travers son site, Pottermore, un incontournable des fans de la saga. Articles de la Gazette du Sorcier, écrits historiques, fiches répertoriant les différentes créatures ou sorts, et même, commentaires personnels sur ses différentes sources d’inspiration, sont tant de choses qui apportent à la complexité du monde qu’est celui d’Harry Potter. Une complexité mise à l’honneur dans cette exposition qui se concentre sur une partie de l’histoire des plus intrigantes – et donc, des plus intéressantes-  : la magie. La question de savoir si les sorcières ont oui ou non existé, par exemple, en a intéressé plus d’un, et aujourd’hui encore il est difficile de savoir réellement ce que l’on entend par sorcière et si l’atrocité des procès de Salem était totalement vide de sens. On retrouve d’ailleurs au cours de l’exposition un chaudron qui aurait appartenu à une sorcière, ainsi qu’un authentique balais de sorcière ayant appartenu à Olga Hunt, tous les deux rappelant l’image traditionnelle que l’on se fait de la sorcellerie.

Néanmoins, l’univers d’Harry Potter et surtout cette exposition nous rappelle que, non la magie ne se résume pas à une sorcière à califourchon sur son balais, préparant des maléfices en remuant son chaudron, un crapaud sur l’épaule. Une grande partie est consacrée à l’ancêtre de la potion, par exemple, l’alchimie, qui se rapproche plus aujourd’hui de la chimie et donc des sciences. Si le mot alchimie ne vous dit rien, celui de pierre philosophale ou le nom de Nicolas Flamel,vous rappellera peut être quelques souvenirs, les deux jouant un rôle central dans l’intrigue du premier numéro de la série Harry Potter. Ainsi, une importance toute particulière leur est attribuée dans cette exposition. En effet, en vous promenant vous pourrez trouver plusieurs artefacts en relation avec Nicolas Flamel, tel que sa pierre tombale. Car oui, pour ceux qui l’ignoraient, Nicolas Flamel n’est pas qu’un personnage de fiction et vous pouvez d’ailleurs retrouver des rues à Paris portant son nom et celui de sa femme, Perenelle. Vivant à Paris durant le 14ème siècle, Nicolas Flamel était un bourgeois et un mécène, n’ayant à première vue aucun lien avec l’alchimie. Pourtant, après sa mort supposée en 1418, des rumeurs commencèrent à naître à son sujet. Selon ces dernières, Flamel aurait eu un rêve prophétique qui lui aurait permis de trouver un manuscrit indiquant le secret de fabrication de la pierre philosophale, sur laquelle il aurait travaillé le restant de sa vie. C’est d’ailleurs en lisant l’une de ses biographies, écrite à titre posthume, que JK Rowling a appris l’existence du personnage et de son supposé lien avec la pierre philosophale. Cette pierre, devant produire l’élixir de vie ainsi que transformer les métaux en or, et le secret de sa fabrication ont fasciné alchimistes, historiens et simples mortels pendant des années. On dit que Isaac Newton lui-même aurait essayé de fabriquer une telle pierre. Elle est même devenue un thème de prédilection de littérature fantastique et notamment la « science fantasy » – comme dans le manga Fullmetal Alchemist par exemple. Le nombre d’écrits spéculant sur sa fabrication sont donc nombreux, et certains font partis de ces trésors exposés de façon temporaire à la British Library. Vous pourrez retrouver, entre autre, le Ripley Scroll, un rouleau de parchemin vieux de 500 ans et mesurant 6 mètres de long sur lequel sont mélangés illustrations et vers, représentant de façon symbolique les différentes étapes de la fabrication d’une telle pierre et de l’élixir de vie en découlant. Ce manuscrit met notamment en avant l’important des couleurs rouge et blanche qui portent une signification symbolique, se rapportant aux différentes phases du procédé alchimique. Une importance toute particulière comprise et réutilisée par JK Rowling qui a nommé les personnages d’Hagrid et de Dumbledore, Rubeus ( rouge ) et Albus ( blanc ), d’après la symbolique  de ces deux couleurs : de nature opposées mais bien complémentaires.

Dans Harry Potter and the Philosopher’s Stone, JK Rowling a également fait plusieurs références à la littérature antique – sujet sur lequel portaient ses études. Firenze le centaure, par exemple, est une référence à Chiron, créature emblématique de la mythologie grecque et connu comme étant le plus juste des centaures, donnant ainsi son nom à sa propre race. Touffu, quant à lui, est une référence direct à Cerbère, le gardien des enfers. Ce que l’on sait moins, c’est que la créature qu’est Cerbère se retrouve également dans différents contes, comme vous pourrez le découvrir au cour de l’exposition.

Pour ce qui est des fans purs et dures de la saga, vous pourrez également découvrir des dessins de JK Rowling elle-même, notamment un, représentant nos héros faisant face à ce terrifiant chien à trois têtes. Vous serez sans doute surpris de découvrir qu’ Harry, Ron et Hermione ne sont pas les seuls présents sur ce dessin. En effet, comme toute fiction, l’histoire d’Harry Potter a connu différents changements, plus ou moins importants. Il est vrai qu’aller à cette exposition vous permettra d’en apprendre plus sur les différentes techniques de divination, les propriétés de plantes telle que la mandragore, les différents charmes utilisés au début du premier millénaire de notre histoire, les serpents et leur symbolique magique, les différents moyens de lire le ciel, ainsi que les différentes créatures magiques emblématiques tel que le Phoenix ou les licornes – bien sûr ceci est une liste non exhaustive de la façon dont votre soif de connaissance pourra être comblée. Car, oui, l’exposition n’est pas réservée aux fans de la saga et est tout autant accessible aux fans d’histoire, de botanique ou de mythes et autres histoires intrigantes en tout genres, ou même juste aux petits curieux. Néanmoins, elle regorge bel et bien de trésors tout particulièrement réservés aux fans les plus fervents de la saga.

Entre dessins, brouillons originels annotés à la main et différentes pistes de scénarios qui ne furent finalement pas utilisées, cette exposition explore également le procédé complexe et changeant qu’est celui de l’écriture. Sachez par exemple que la scène du saule cogneur dans le deuxième volet aurait pu ne pas exister, tout comme la scène contre le troll des montagnes qui aurait pu se dérouler bien différemment. JK Rowling avaient également listé plusieurs idées autres que le Choixpeau, pour ce qui est de choisir quel élève devait intégrer telle ou telle maison.

Mais je ne vous en dis pas plus.. Ne serait-il pas dommage de gâcher la magie en en disant trop ? Ouverte à tous, même aux plus jeunes, l’exposition est, tout comme Harry Potter est bien plus qu’une histoire de sorciers, bien plus qu’une exposition sur un livre. Elle combine la connaissance de spécialistes en littérature et de la période médiéval et ses écrits – tel que Julian Harrisson ou Tanya Kirk-, la richesse historique d’objets rares et anciens et celle, artistique, d’autres, la créativité et la générosité de JK Rowling, la magie du monde d’Harry Potter et celle, moins connue, de celui qui nous entoure. Pour £8 ( tarif étudiant ), n’hésitez pas à venir vous perdre dans cet univers intemporel, entre magie et réalité, histoire et fiction, dessin et écrits, et qui sait, peut-être réveiller le sorcier qui sommeille en vous.

(c) Photo de couverture: bookriot.com

Russie : L’ingérence comme nouvelle doctrine ?

Par Marion Russell

 

Ingérence : intervention d’un État dans la politique intérieure d’un autre État.

Il y a 100 ans, au sortir de la Révolution d’Octobre 1917, la Russie des Tsars s’éteignait aux côtés de ses Armées Blanches, tournant la page sur deux siècles d’Empire pour sonner la Genèse de la Russie des Soviets. Cependant, le passé communiste dont Moscou s’était fait le porte-drapeau semble maintenant plus éloigné que jamais et le pays s’est depuis ouvert au capitalisme et à l’économie de marché. Depuis 2000, pour pallier aux détours de l’influence du pays au 20ème siècle, Vladimir Poutine cherche à redéfinir la place de la Russie sur l’échiquier mondial… Parfois au détriment des relations avec l’Occident.

Après une enquête de plusieurs mois, le FBI a rendu publiques les conclusions de son enquête concernant une possible ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016. A la suite de ces révélations, deux proches du Président ont été mis en examen. Georges Papadopoulos, membre de l’équipe de campagne de Trump, a reconnu avoir menti aux enquêteurs quant à ses relations avec des proches du gouvernement russe. Il aurait notamment été en contact avec un homme surnommé « le professeur », qui affirmait détenir des e-mails compromettants sur Hilary Clinton. Le second homme incriminé –par une douzaine de chefs d’accusations, est Paul Manafort et n’est autre que l’ancien directeur de campagne de Donald Trump, déjà mis en cause en aout 2016 après des révélations sur ses liens avec des oligarques ukrainiens pro-russes. Face à la tourmente, la réponse de Washington ne s’est pas faite attendre et le président Trump a notamment tweeté qu’il n’y avait eu aucune collusion entre dignitaires russes et son équipe durant la campagne.

Mais là n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le 13 novembre dernier, la ministre de la défense espagnole, Maria Dolores de Cospedal, a dénoncé une possible ingérence russe lors du référendum pour l’auto-détermination de la Catalogne en octobre. Ainsi, selon la ministre, des groupes basés en Russie aurait volontairement inondé les réseaux sociaux à l’approche du référendum afin de mener une véritable campagne de désinformation. Deux jours après les déclarations espagnoles, c’est au tour du Royaume-Uni d’accuser les hackers russes d’attaques informatiques. Le responsable de la cybersécurité britannique est resté vague mais affirme que l’ingérence russe observée vise « les médias britanniques, les télécommunications et le secteur de l’énergie ». D’après The Guardian, l’ingérence russe aurait eu un impact direct durant la campagne du référendum sur le Brexit. De nouveau, les hackers auraient utilisé les réseaux sociaux pour inonder les fils d’actualité occidentaux de tweets et posts, dans le but de semer la discorde.

Le grand méchant russe?

a Russie, et son gouvernement, se retrouvent donc aujourd’hui sous le feu des critiques et plus que jamais au cœur des inquiétudes occidentales. S’il semble difficile de totalement discréditer les accusations dont le pays fait l’objet, la Russie a réagi en niant formellement toutes ces allégations, allant même jusqu’à les qualifier d’« aberrantes » dans le cas des accusations espagnoles et « irresponsables et sans fondement » dans le cas des accusations de Theresa May.  La question qui subsiste, cependant, est : quel(s) intérêt(s) la Russie trouverait-elle à agir ainsi ? La réponse la plus évidente est qu’il s’agit d’une campagne de déstabilisation des pays occidentaux, déjà fragilisés par un contexte politique domestique compliqué. Le but étant de consolider le rôle de la Russie sur le plan international, face à des Etats « rivaux » de plus en plus affaiblis. Le « Grand Méchant Russe » aurait donc succédé aux hordes de hackers chinois, puis nord-coréens, qui, ces dernières années étaient presque systématiquement accusés de toutes les attaques informatiques, ou tentatives d’attaques, contre les gouvernements. A tort ou à raison ? Si la Russie est indéniablement un acteur important lorsque l’on parle de cyber attaque à but politique, il ne faut pas oublier que d’autres pays (qui blâment la Russie), tels que les Etats-Unis, ne sont pas en reste (voir l’affaire Stunext !). Les méthodes sont différentes mais le but est le même : espionner, déstabiliser et finalement, régner ! Il est extrêmement difficile de prouver l’implication directe du Kremlin dans de telles attaques et certains s’interrogent : pointer du doigt la Russie n’est-il pas un moyen pour des gouvernements en difficulté de détourner l’attention des citoyens vers un ennemi extérieur, et qui plus est commun ?

La question est légitime, tant les services secrets américains et européens peinent à prouver de manière irrévocable l’implication directe du gouvernement russe dans ces affaires. Certains journaux russes par ailleurs proches, voire possédés par le Kremlin, ne se sont d’ailleurs pas fait prier pour accuser les média et gouvernements occidentaux de tenter de camoufler les réels problèmes de leurs pays. Néanmoins, si l’ingérence reste à démontrer entièrement, l’interférence ne fait aucun doute aux yeux des gouvernements occidentaux. Alors la Russie semble vouloir se targuer d’un rôle de « coupable idéal », afin de discréditer ces accusations et ne pas avoir à répondre de ses actes. Les titres sont donc étonnamment différents d’un media à l’autre : si l’Express titre « Piratage, intox, contacts… Les intrusions russes dans la politique américaine » et Libé : « Brexit: la Russie aussi y a mis le doigt, révèlent les grandes oreilles britanniques », le site d’information proche du Kremlin, Sputnik, titre: « ‘Ingérence russe’ en Catalogne? Moscou met les points sur les I ».

Une autre certitude demeure : si les allégations contre la Russie se font de plus en plus insistantes, les relations entre la Russie et l’Occident sont, depuis peu, régulièrement entachées par ces affaires. Car derrière la seule accusation d’ingérence, c’est en fait le cœur de la politique étrangère occidentale envers la Russie qui est remis en cause. Les relations avec le Kremlin ont longtemps été tumultueuses et l’ère Poutine a été marquée par de vifs désaccords, notamment sur les questions ukrainiennes ou syriennes. L’élection de Donald Trump avait pourtant suggéré la fin possible de l’entente simplement cordiale entre les deux pays au profit de relations plus collaboratives. Malgré un contexte apparemment favorable, ces accusations ne font finalement que renforcer la crainte et la défiance mutuelle qui caractérise en partie les relations Russie-Ouest depuis le début des années 2000.

(c) Photo de couverture:  Trip advisor

http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/ing%C3%A9rence/43065#1DFoyqdO7JbWeijr.99

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/11/16/madrid-denonce-une-ingerence-russe-en-catalogne_5215715_3214.html#Zx6rpCBdjSgGAhf3.99

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/10/30/enquete-russe-l-ancien-directeur-de-campagne-de-trump-doit-se-livrer-a-la-justice_5207890_3222.html

 

Body fitness: du culte du corps au 21ème siècle

Par Maximilien Temin

Chaque année, au mois de mars, les salons Body fitness mettent en avant toutes les nouveautés du monde du fitness. Ce salon, nés dans les années 1990, témoigne de l’évolution de la préoccupation du corps dans les sociétés développées. Si le fait de se préoccuper de sa condition physique n’est bien évidemment pas une nouveauté qui vient des années 1980, le marché du fitness et du bodybuilding viennent, eux, essentiellement des années 1980/90. Éventuellement 1970 en Amérique, toujours en avance d’une quinzaine d’années sur l’Europe.

Certes, on peut dater le culturisme de la fin du XIXe et du début du XXe siècles. On peut même le faire remonter, en un sens et de façon quelque peu anachronique, à l’Antiquité grecque, qui met en avant des corps masculins extrêmement développés au niveau musculaire. Mais la massification et la marchandisation de la musculation, aujourd’hui devenue une pratique grand public avec ses propres codes, une forme de nouvelle sous-culture, est un phénomène actuel et en pleine expansion.

Se détruire en Occident

Si les marchés du fitness prennent autant d’importance depuis une trentaine d’années, on peut l’attribuer à plusieurs facteurs, mais un fait préoccupant domine tous les autres : la capacité que peuvent avoir les sociétés post-industrielles à générer des pathologies de santé publique. La première qui nous vient naturellement en tête est celle de l’obésité et du surpoids. Si on parle beaucoup des Américains, on peut aussi citer l’Angleterre : 22% d’adultes obèses, ou même les Français, qui détiennent le triste record de 15% d’adultes obèses.

Si l’obésité est une pathologie en soit, elle n’est en fait que la conséquence visible et exposée à l’ensemble de la société d’un problème de santé qui touche la très grande majorité des Occidentaux. Le manque d’activité physique et une alimentation extrêmement déséquilibrée, très riche en graisses saturées, en glucides à IG élevés… Ce désastre pour l’organisme, s’il est évident dans le cas des obèses, ne touche pas que ceux-là. Le surpoids est également un enjeu de santé public, au même titre que l’obésité. Et même dans le cas d’individus qui, pour des raisons génétiques, ont moins tendance à prendre du poids, ce genre de mal-être lié à un mauvais rythme de vie demeure omniprésent. Autrement dit : tout le monde est touché.

Le rythme de vie imposé par la société urbanisée du tertiaire est le principal responsable. Un employé de bureau qui travaille péniblement sur une chaise toute la journée ne se dépense pas, bien qu’il s’use psychologiquement, et pour pallier sa névrose, sa solitude de plus en plus extrême et sa frustration, il consomme. Disons-le plus crûment : il bouffe et regarde la télé. Schéma cliché, caricatural, mais ô combien empreint de vérité.

Un des problèmes les plus radicaux, qui en font des enjeux quasiment anthropologiques, ce sont les transformations hormonales que cela implique. Les produits alimentaires blindés de perturbateurs endocriniens, de même que l’obésité et le manque d’activité physique entraînent à la fois une baisse jamais vue auparavant de la testostérone chez l’homme, et des déséquilibres hormonaux de façon généralisée à la fois chez les femmes et les hommes. Les hormones étant la clef de compréhension des pulsions humaines, ce sont les passions des êtres humains que notre mode de vie tend à transformer. Nous rendant complètement esclave des impulsions. Et, en dernière instance, des impulsions du marché à consommer.

(Essayer de) Prendre soin de soi en Occident

Face à cela, quelles solutions ? C’est de reprendre le contrôle de soi qu’il s’agit. Les freudiens diraient de re-donner du pouvoir au Surmoi. Pas une mince affaire. La solution la plus évidente : bien manger et faire du sport, se faire violence pour y arriver. Mais dans une société où l’offre tend de plus en plus à conditionner la demande, pas si facile. Une multitude de problèmes se sont très vite posés à ceux qui, après la mutation massive au tertiaire des Trente Glorieuses, se sont posés la question de prendre soin d’eux. Pour commencer, les inégalités sociales qui diminuent l’accès des plus pauvres aux fruits et légumes. Ensuite, le caractère total de la société de consommation qui exerce une pression sur l’individu et l’empêche de dévier du modèle de consommation dominant.

C’est sur cette base, et en réponse à cette problématique, que la société de consommation a produit un nouveau marché : le marché du fitness. Des gens, généralement des classes moyennes urbaines, qui veulent prendre soin d’eux et qui sont prêts à y mettre les moyens. Financiers, évidemment.

Pour commencer, il fallait canaliser et stimuler la demande. Pour cela, il fallait trouver un embryon de sous-culture qui allie prendre soin de soi et mode de vie urbain. Le culturisme, notamment par l’aspect spectaculaire de ses pratiquants les plus assidus, est celle qui été très rapidement sélectionnée. Celle-ci, qui existe dans sa forme contemporaine depuis au moins la fin du XIXe siècle, consiste à penser le développement musculaire comme une fin en soit, par le biais d’une activité physique mécanisée. Le principe est simple : en infligeant à son corps des efforts inhabituels par le biais de charges elles-même inhabituelles, on inflige des micro- traumatismes, des micro-lésions, à son tissu musculaire qui, pour s’habituer à cette nouvelle activité, va se reconstituer en prenant du volume. C’est l’hypertrophie musculaire.

Quel rapport, donc, avec le marché du fitness ? Le rapport est immense, puisque c’est le culturisme qui le symbolise et le cristallise le mieux.

Des idoles culturiste grand public émergent alors dès les années 1970 et explosent dans les années 1980, notamment aux États-Unis : Arnold Schwarzenegger en tête. La culture du mass bodybuilding commence alors à apparaître en Occident, et avec elle, son corolaire : le monde du fitness. Les possibilités commerciales paraissent presque sans fin : compléments et suppléments alimentaires, protéines en poudre, matériel, business des salles de sport, nourriture saine (parfois seulement supposée saine). Comme dans tout marché, on retrouve même des produits au black : stéroïdes et boosters hormonaux…

La musculation semblait en effet être l’activité physique idéale dans la société du tertiaire. L’employé passe du bureau à la salle de sport. En fait, il produit puis il consomme du bien-être.

Et ce qui motive le consommateur, ça ne va pas être de prendre soin de soi pour prendre soin de soi, dans l’immédiat. Le consommateur, avec sa vision d’homo economicus, va penser l’entraînement sportif comme un moyen transitoire d’accentuer ses possibilités de consommation. Dit plus simplement, le pratiquant de musculation pense essentiellement à améliorer son esthétique pour accumuler du capital symbolique. Pour plaire, avec toutes les conséquences sociales que cela peut impliquer : charisme sur le milieu professionnel (capital économique), considération sociale (capital social), ou même augmentation du potentiel de séduction (capital symbolique)… Si la musculation est l’activité physique de masse la plus pratiquée dans les salles de sport urbaines, c’est essentiellement parce que la mentalité bodybuilding, c’est une mentalité capitaliste. On accumule du capital musculaire comme n’importe quel autre capital, et on pense une séance comme productive.

S’il est vrai que certains sports ont émergé en reposant sur le bodybuilding, comme le soulevé de terre, les objectifs de la plupart des pratiquants de musculation ne sont pas des buts sportifs, mais des buts sociaux. La finalité, c’est de maximiser toujours plus sa capacité à accumuler du capital, et booster sa puissance sociale.

La culture bodybuilding et ses dérives

Dès lors, la demande suivant largement le marché en question, fleurit une nouvelle sous-culture destinée aux masses. Chaque année, des grands-messes réunissent les pratiquants de musculation qui, d’ailleurs, ont leurs idoles : Schwarzenegger pour les plus anciens, ou Zyzz pour les plus modernes (de son vrai nom Aziz Shavershian, bodybuilder mort en 2011 suite à la prise de stéroïdes). De nouvelles techniques, c’est-à-dire, en fait, de nouveaux appareils, émergent, de même que de nouveaux concepts liés à la musculation.

En fait, c’est un monde qui a ses codes, et, même, son propre langage. Et dont on peut en outre interroger le caractère élitiste. Par définition, une sous-culture promouvant le soin du corps — parfois poussé jusqu’à l’excès — se pense forcément comme universelle ; souhaitable et applicable à tout le monde. Et effectivement, les études les plus récentes tendent à abonder en ce sens. La pratique d’une activité de musculation à partir de l’adolescence paraît accompagner de façon avantageuse le développement de l’organisme. Alors, en dépit de l’élitisme parfois un peu agaçant dont font part les bodybuilders, ne peut-on pas penser que dans une société capitaliste qui place le tertiaire non-physique au coeur de l’activité productive, la musculation est, en effet, le meilleur moyen de pallier les pathologies structurelles de santé ?

Allons plus loin. S’il est vrai que le marché a généré une culture de la musculation et du bien-être (qui sont tellement liées qu’elles en sont quasiment confondues), peut- on penser le dépassement de ce marché ? Après tout, si la musculation est bon pour le développement physique des adolescents, pourquoi ne pas envisager des interventions publiques pour pousser — de façon incitative ou contraignante, chacun son avis et son rapport à l’autorité — les plus jeunes dans les salles de sport ? Plutôt que de continuer avec la mentalité individualisante qui ferait des pratiquants de musculation les plus responsables vis-à-vis de leur santé, ne doit-on pas estimer que la salle de sport doive devenir un passage obligé pour chaque individu dans un avenir proche ? Dans cent ans, pourra-t-on dire : le XXIe siècle, de l’obèse au néo-hoplite ? J’en suis convaincu. Pour parodier Malraux : « Le XXIe siècle sera musclé ou ne sera pas ».

(c) Photo de couverture: bodybuilding.com

 

« Loving Vincent »: des peintures qui prennent vie

Par Alba Le Cardinal 

« Vincent Van Gogh. 30 mars 1853 Groot Zundert (Pays-Bas) – 29 juillet 1890 Auvers-sur-Oise (France). Peintre néerlandais. »

Voici le début d’une typique biographie: on y trouve immédiatement les informations clefs que la page du dictionnaire vous donnera ou bien que Wikipedia s’évertuera à afficher sitôt que vous saisirez le nom dans la barre de recherche. Suivront ensuite des pages et des pages, qui foisonneront de dates, de détails et de chiffres triviaux. En revanche, si au lieu de vous noyer dans un tas d’informations, vous souhaitez vous plonger dans son univers, ressentir son rapport à la couleur, respirer sa folie, le tout récent film «Loving Vincent» pourra vous séduire. Traduit « La Passion Van Gogh », il s’agit d’une production britannico-polonaire réalisée par dorlota Kobiela et Hugh Welchman et est le fruit de huit longues années de pure labeur. Aussi, entre deux distinctions, ce court métrage a reçu une ovation au Festival international du film d’Annecy en 2017. Mais alors, pourquoi ce film nous émerveille-t’il tant?

La fin comme point de départ 

 En effet, il est fort de constater que le film n’est pas une biographie linéaire classique mais il se construit plutôt autour d’un seul événement, et pas n’importe lequel: Le décès de Vincent Van Gogh ainsi que les circonstances de sa mort. Ainsi, c’est paradoxalement que les réalisateurs ont décidé de se partir de ce point final pour remonter jusqu’à la vie du peintres, tout en mettant la lumière sur les démons intérieurs qui rongeaient l’artiste. Après tout, c’est bien la mort qui solde l’aboutissement d’une vie et le décès du célèbre peintre est lourd du sens car il s’est lui-même ôté la vie.

Aussi, le film peut avoir des airs de lourdeur, paraissant quelque peu sinistre et parfois imprégné de violence. On aperçoit un Van Gogh profondément malheureux, sans reconnaissance pour son talent, fauché, en partie responsable de la mort de son frère… Quelques touches d’humour noir vous feront tout de même sourire!

Comme un air de polar

L’action commence le 29 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise. Van Gogh s’est éteint il y a tout juste un an, après s’être tiré dessus dans un champs à Arles. Armand Roulin enquête sur les circonstances de la mort du peintre en interrogeant ceux qui l’ont connu. Ainsi, le film prend tout de suite des airs de polar policier qui fera sans nul doute le bonheur des amateurs du genre. La caméra suit donc l’inspecteur Roulindans ses visites et les discordances entre les différents récits sont d’abord nombreuses. Et si Van Gogh avait été assassiné ?

Les questions que les experts se sont posées sont soulevées. Peu à peu, comme quand l’on fait un puzzle, les pièces s’assemblent et la vérité sur cette mort devient limpide.

Aussi, le fait d’être plongé dans l’intimité du personnage et de son entourage permet au spectateur de se prêter à un jeu intéressant qui consiste à dresser le portrait psychologique du peintre au travers de tous ces personnages qui l’entourent. Aussi, nous avons plein accès aux correspondances du peintre que l’on peut voir dans le film lire à haute voix. C’est d’ailleurs de là que vient le titre du film en version originale/anglaise: « Your loving Vincent » étant la formule de politesse par laquelle Van Gogh clôturait les quelques huit cent lettres qu’il a envoyé à son frère Théo et sur lesquelles le scénario est basé. Malheureusement, la traduction française n’a pas pu conserver ce savant clin d’oeil.

Une technique à couper le souffle

 Il s’agit d’un film avec une très haute ambition technique : c’est le premier long métrage d’animation peint entièrement à la main par plus de cents artistes. L’effet créé est exceptionnel et le procédé numérique derrière est remarquable. Gardez à l’esprit que par seconde 12 toiles ont été réalisées. Je vous laisse faire le calcul pour savoir combien de toiles en tout on été peintes..

Par ailleurs, le coup de génie des réalisateurs a été de s’appuyer sur l’oeuvre même de Vincent Van Gogh. Ainsi, le film est-il un pastiche des 120 peintures de l’artiste. Tous les personnages mis en scènes sont des personnes qu’il a peint: le Docteur Paul Gachet, Marguerite Gachet, Louise Chevalier, le père Tanguy, Adeline Ravoux… et vous vous griserez à reconnaître les agréables paysages hollandais avec leurs tournesols, les saynètes à la terrasse du café noir, la maison jaune, la nuit étoilée sur le Rhône, la chambre à coucher de l’ artiste… pour ne citer que quelques œuvres très « mainstream/connues ». On peut dès lors dire qu’au-delà des voix, ce sont bel et bien les peintures de l’artiste même qui nous racontent sa vie. Ce film s’ancre tout à fait dans l’ère du temps où les technologies ont un nouveau rôle à jouer dans le secteur culturel. Mais si la vogue des expositions digitales m’a déçu au contraire ceci est séduisant.

Pour essayer de vous donner un avant-goût de l’expérience: imaginez-vous une peinture de Van Gogh que vous aimez beaucoup. La nuit étoilée par exemple. Aussi dynamique soit elle avec ses volutes et tourbillons.Maintenant allez au cinéma. Prenez place dans l’un de ces moelleux fauteuils qu’on aimerait ne jamais quitter et regardez «Loving Vincent». Devant vos yeux cette œuvre va prendre vie. En effet, pendant 94 minutes la passion Van Gogh montre des toiles qui se créent sous vos yeux et s’animent. Les teintes particulièrement vives vous feront vibrer et les formes tourbillonnantes typiquement van goghienne vous envoûteront. La musique de Clint Mansell quand à elle, à mon goût répétitive et peu intéressante, a tout de même l’avantage de renforcer l’effet hypnotisant. Vous allez vivre la peinture d’une manière extrêmement vivante et poétique.

Si tout ce qui se passe dans le présent de la narration est représenté par des peintures, tous les flashback sont des dessins au crayon. Ce choix, dénote avec brio la dualité entre la vie dure de l’artiste et l’onirisme de ce qu’il peignait. «Je rêve ma peinture, ensuite je peins mon rêve» a-t-il lui même dit. Dès lors, si l’on pourrait critiquer le film en disant que la magie des passages picturaux écrase le récit en noir et blanc, je dirais plutôt que pour un peintre comme Van Gogh, pour qui le rêve devait être plus fort que la réalité il n’y a pas meilleur hommage.

Quant à nous qui vivons dans un monde où tout va vite, où nous ne prenons plus le temps de penser, de nous évader, voilà l’occasion pour rêver pendant 1h30 avec notre cher Vincent Von Gogh.

 

Lettre ouverte à ceux qui croient encore aux vertus de la culpabilisation pour éveiller les consciences

Par Maria Bencheikh

Ceci n’est qu’un appel au secours parmi d’autres. Mais je vise particulièrement ceux qui peuvent faire quelque chose et qui ne font rien. En ce mois de novembre 2017, l’humanité a encore plongé dans l’absence d’humanité. En Libye, en 2017, il existe encore des marchés d’esclaves. Alors oui, il existe des situations similaires dans d’autres pays, il y a des guerres, il y a des famines, des catastrophes naturelles, des génocides et il faut sauver tout le monde quand on a la possibilité de le faire. Mais en étant une personne libre vivant au 21e siècle, savoir que l’esclavage existe encore sous sa forme la plus cruelle, je ne peux pas me taire. Comment peut-on accepter que des personnes, comme nous tous, nés avec leurs droits naturels, comme le libre-arbitre et le choix d’avoir telle ou telle vie, en sont privés ? Ce n’est pas parce qu’ils sont loin qu’ils ne sont pas humains, ce n’est pas parce qu’ils sont pauvres qu’ils n’ont pas le droit d’être libre. On ne peut pas acheter une vie, une liberté. Mettre un prix sur la liberté de quelqu’un ne peut pas, et ne doit pas être un problème de notre époque.

À l’adresse de ceux qui achètent la liberté des Hommes, vous ne payez pas seulement à travers votre argent : vous payez avec votre morale, avec votre humanité, et à cet instant vous n’en avez plus. Je ne peux que prier pour ce qui reste de vos âmes. Votre habilité à ne pas avoir de remords me fascine. Comment pouvez-vous vivre, alors que vous avez sur votre conscience des meurtres ? Peut-être que vous ne tirez pas sur eux, mais votre action a autant d’impact qu’une balle dans le cœur. Plusieurs d’entre eux auraient souhaité mourir sous vos coups, sous vos ordres. Vous ne leur avez pas seulement enlevé leurs libertés, vous leur avez enlevé leur envie de vivre. Et j’espère qu’à la fin, vous ressentirez la même chose.

À l’adresse de ceux qui voient, mais qui ne regardent pas. Un jugement a lieu d’être et une question, à caractère égoïste, se pose : et si c’était vous ? Au moins, ça a le mérite de vous interloquer. Et si c’était vous ? Vos parents ? Vos enfants ? Vos amies ou vos partenaires ? Tout d’un coup, la lumière s’allume. Criez, battez-vous, révoltez-vous, au nom de la liberté, au nom de la vie. Une action n’a pas forcément besoin d’être matérielle pour avoir un impact : une chanson, un sit-in, une lettre… Alarmez-vous, car si en 2017, nous nous battons encore pour nos droits les plus naturelles, quelque chose ne va pas. Ils sont peut-être loin de vous, mais il faut faire comme si cela se passe en bas de chez vous.

À l’adresse des Hommes dans cette situation, en Libye et partout dans le monde. Je m’excuse, au nom de l’humanité. La lumière est au bout du tunnel. Soyez forts, nous arrivons. Votre courage n’a pas de frontière et il a frappé aux nôtres. Pardon de vous avoir laissé vivre dans cet enfer.

À l’adresse de ceux qui ont une voix et qu’ils l’ont utilisé. Merci, merci à ces médias, à ces artistes, à ces politiciens, et surtout merci aux humains de ne pas baisser les bras. Pour un monde meilleur, pour vous, êtres altruistes, et pour ceux qui viendront après. Merci de ne pas avoir oublié ceux qui sont partis pour avoir un monde plus humain, plus juste et plus noble. C’est grâce à vous que le verre est à moitié plein.

(c) Photo de couverture: Le Monde

Critique cinématographique: « Le jeune Karl Marx » de Raoul Peck

Par Maximilien Temin

« Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l’homme féodal à ses « supérieurs naturels », elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid intérêt, les dures exigences du « paiement au comptant ». Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste », écrivent Marx et Engels en 1848 dans le Manifeste du Parti communiste. Si le nom de Karl Marx est un nom qui raisonne dans nos oreilles comme étant celui du théoricien du communisme, le personnage de Marx est un personnage assez inconnu du grand public.

Pourtant, Marx est un penseur qui a été au coeur des débats intellectuels de la première moitié du XIXe siècle. Il est celui qui a théorisé le matérialisme historique et le socialisme scientifique, en cherchant à dépassant les idoles révolutionnaires de l’époque, Pierre-Joseph Proudhon en tête — en répondant Misère de la philosophie à sa Philosophie de la misère, notamment. Ainsi, le film Le Jeune Marx, réalisation franco-germano-belge datée de 2016 et sortie il y a deux mois dans les salles françaises, se propose de retracer le parcours du jeune Marx, les quatre années qui ont précédé la rédaction du Manifeste, de 1844 à 1848.

Un périple bohème

En 1844, Marx vit à Paris avec sa compagne Jenny von Westphalen et leur enfant. Il vit la vie de bohème, gagnant sa vie en publiant de temps en temps un article dans des journaux d’opinion. Il passe le plus clair de son temps aux côtés de sa femme, ou à assister aux colloques des révolutionnaires de l’époque. Le plus prisé en Europe, et a fortiori en France, c’est le libertaire Pierre-Joseph Proudhon. Promoteur de la « fin de l’exploitation », considérant que « la propriété privée, c’est du vol », Proudhon propose un modèle de société radicalement nouveau. Dès les premières minutes du film, Marx lui porte publiquement la contradiction : « De quelle propriété parlez-vous ? », « Vous ne faites que des abstractions ».

C’est en effet ce qui différencie le jeune Karl de tous les penseurs de son époque : il n’est pas un idéaliste. Cela ne veut pas dire que Marx ne porte pas un idéal social. Cependant, il a un instinct qui ne le lâchera jamais : le monde se transforme par la matière, pas par les grandes idées.

Cet instinct matérialiste, Karl se le fait rapidement confirmer par sa rencontre avec le fils d’industriel anglais Friedrich Engels. Engels est un jeune homme issu de la nouvelle bourgeoisie industrielle britannique, destiné à reprendre les rênes de l’exploitation de son père. Se pose toutefois à lui un dilemme moral assez typique de la jeunesse bourgeoise : comment faire coïncider sa vision morale du monde avec la misère ouvrière qui débouche de la révolution industrielle — « révolution industrielle » étant une expression utilisée pour la première fois par Engels lui- même.

Partageant ses constats avec Marx et se liant rapidement d’amitié avec lui, le film déroule la façon dont les deux protagonistes concilient vie privée et vie intellectuelle et militante. Renversant littéralement le schéma révolutionnaire omniprésent à l’époque, qui parle de grand soir sans rien proposer par la suite, qui parle sans arrêt de « fraternité » entre tous les êtres humains, Karl et Friedrich parlent de « lutte des classes », de rapports de force et de « lutte prolétarienne ».

Le Jeune Marx : quel intérêt ?

La première question qui se pose quand on lit le synopsis, ou lorsque l’on regarde seulement le titre du film, c’est : pourquoi ? Pourquoi un film sur la jeunesse de Karl Marx ? Il est devenu monnaie courante de parler de la jeunesse des grands hommes d’État, des révolutionnaires et des dictateurs. Mais la jeunesse d’un philosophe, qui peut-elle intéresser ? Pas grand monde. Et c’est aussi pour ça que ce n’est pas vraiment le propos du film.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Le Jeune Marx prend essentiellement la jeunesse de K. Marx comme prétexte pour contextualiser sa pensée. Marx et Engels voyageant partout en Europe au cours du film, de Paris à Bruxelles en passant par Londres. Leur périple nous laisse percevoir la complexité de la question sociale naissant à cette époque. C’est un véritable portrait des classes sociales, dans toute l’Europe, que le film nous dépeint. La richesse du film repose en outre sur ses dialogues, à chaque fois dans des langues différentes selon le pays dans lequel les personnages se trouvent. L’atmosphère du XIXe siècle est bien reflétée, de même que le cosmopolitisme émergent à l’époque. Cosmopolitisme bourgeois, essentiellement, que Marx et Engels tentent de faire prolétarien.

Du reste, les vies de Karl et Friedrich sont plutôt banales pour des vies de bohème. Engels vit une vie de rentier tandis que la vie familiale de Karl est étrangement normale. Osons le mot : petite bourgeoise. Une des premières scènes du film est ainsi une scène d’amour entre Marx et sa compagne, dans un appartement en plein Paris.

Finalement, cet aspect-là du film n’a que peu d’intérêt. En revanche, pour ceux qui s’intéressent au XIXe siècle, aux transformations sociales, économiques et politiques déclenchées par la première révolution industrielle, ce film ne peut que parler.

Marx : un vieux con ?

Aux marxistes de la première heure, j’aimerais poser une question : pensez-vous que la pensée d’un personnage sur lequel une grosse production fait un film pour parler de sa jeunesse soit encore si révolutionnaire que ça ? En tout cas, si dangereuse qu’elle avait pu l’être auparavant ? On le voit tout au cours du film : la pensée de Marx est une pensée qui est combattue activement par les États européens. Chassé du royaume de France vers la moitié du film suite à une publication dissidente, il est contraint de s’exiler sous les vingt-quatre heures, ce qu’il fait en partant à Bruxelles. Une vraie lutte à mort entre les puissants et la pensée de Marx.

Mais aujourd’hui, c’est sur sa jeunesse que l’on réalise un film, pour montrer à quel point Marx, il était normal, cool, il aimait sa femme et ses enfants, il pouvait s’émouvoir et avoir des amis, comment il pouvait se bourrer la gueule avec son poto Friedrich — c’est vers la moitié du film, et à peu près tous les étudiants se reconnaîtront. Comment il était trop stylé, quoi. Mais cela n’est-il pas la preuve que Marx n’est plus dangereux ? En fait, que sa pensée a été dépassée, et qu’il est désormais une icône comme une autre, c’est-à-dire, en fait, une icône bourgeoise, utilisable à foison par le marché pour représenter la vie à telle ou telle époque — ici, la période de la première révolution industrielle ?

Si Le Jeune Marx est indéniablement un bon film, correctement réalisé et empreint d’un véritable esprit d’époque, il pousse à s’interroger sur la façon dont, presque trente ans après la chute du Mur, la pensée marxiste est considérée. Presque comme un fossile, guère plus dangereuse pour les bourgeoisies occidentales, qui manient l’image de Marx à leur guise. Si l’on raisonne en termes marxistes, on peut dire que la lutte des classes est bel et bien terminée, et qu’elle a été gagnée. Je vous laisse deviner par qui.

(c) Photo de couverture: Daily Sabah

 

L’intelligence artificielle : une révolution scientifique et économique

Par Estelle Amram

Le plus grand pouvoir de l’Homme, c’est son intelligence. Le plus grand pouvoir de l’intelligence c’est sa capacité à se développer à l’infini. On parle souvent chez l’Homme des différents types d’intelligence : spatiale, mathématique, linguistique, musicale. Mais récemment, le mot qui résonne de plus en plus à nos oreilles c’est l’intelligence artificielle, IA.

Cette intelligence, qui tend à reproduire les comportements cognitifs humains par sa capacité d’apprentissage et d’adaptation, semble être le nouvel enjeu majeur du développement de la productivité dans l’économie. Apparue dans les années 60, l’IA suscite depuis 5 ans un intérêt particulier. L’amélioration continue des algorithmes comme par exemple avec le deep-learning, l’émergence de nouvelles techniques de traitement de données, l’augmentation des capacités de stockage sont autant de facteurs qui font de l’IA un outil unique incroyablement puissant.

Mais, ce qui rend l’intelligence artificielle aussi attrayante, c’est aussi son prix.  L’utilisation de l’IA est gratuite, puisqu’elle utilise le carburant le moins cher du monde : les données. Cet aspect a de grandes conséquences sur l’emploi. En effet, de par ses faibles coûts d’utilisation, ses potentiels substituts, principalement le travail peu qualifié, disparaîtront ou seront peu à peu dévalorisés. Ses compléments, quant à eux, à savoir le travail qualifié, auront plus de valeur car sont plus difficilement reproductibles par de simples lignes de codes.[1] Considérée par beaucoup comme la nouvelle révolution scientifique, son développement semble être capable de transformer les techniques de travail et de production des biens, comme des services.

Des chiffres : IA au cœur des investissements

Il est clair que le monde entrepreneurial considère que l’IA fait partie intégrante de l’avenir de l’économie. Cette tendance est fortement visible à travers l’importance des investissements et la multiplication du nombre de startups centrées sur cette technologie. La plateforme CBInsights a recensé en 2016 plus de 1600 startups spécialisées dans l’IA. Entre 2013 et 2016, les investissements dans ces startups ont été décuplés, passant de 415 millions à 5 milliards de dollars. [2] Cet intérêt est également mesurable à travers le comportement des grandes entreprises : en effet, en 2016, les investissements dans l’IA par les géants de la technologie atteindraient entre 20 et 30 milliards de dollars. [3] Ces investissements concernent aussi bien une hausse des budgets dans la Recherche et le Développement que l’acquisition par ces grands groupes de jeunes entreprises innovantes.

Les prévisions qui louent les mérites de l’intelligence artificielle sont nombreuses et grandissantes. Elles permettent de donner à l’IA une place particulière comme solution pour booster la croissance. En effet, les récents comptes rendus révèlent une vérité alarmante quant au mode de fonctionnement de l’économie aujourd’hui : il semblerait que nous assistions actuellement au déclin des outils de production ‘habituels’, à savoir l’investissement en capital et la main d’œuvre, qui ne sont plus apte à stimuler la croissance. L’intelligence artificielle apparaît ainsi comme un nouveau facteur de production capable de réorganiser les taches des travailleurs et exploiter un nouveau domaine du possible. L’agence Accenture estime par exemple que l’IA pourrait doubler les taux de croissance économique d’ici 2035 en s’attaquant aux fondements même des techniques de production.

Les limites et les doutes

Pour l’instant, les applications de l’IA restent proportionnellement faibles et sont en majorité dans des phases expérimentales. Les analystes restent divisés quant à son potentiel : certains sont convaincus de sa puissance tandis que d’autres émettent des réserves vis-à-vis des vrais bénéfices économiques que la technologie peut apporter. Les prévisions du marché traduisent d’ailleurs ces incertitudes, avec un large éventail de pronostics sur les budgets, allant de 644 millions à 126 milliards de dollars d’ici 2025.[4]

La présence de l’intelligence artificielle est aujourd’hui assez inégale. Les premiers adeptes de l’IA sont en majorité les grandes entreprises capables de déployer des moyens importants pour une intégration efficace à leur modèle de production. Leurs marges sont d’ailleurs significativement plus élevées, créant un fossé avec ceux qui tardent à entamer leur processus de modernisation digitale. Cela implique un nouvel enjeu majeur pour les gouvernements qui se doivent de soutenir aussi bien les entreprises que les citoyens pour assurer que tous puissent bénéficier de l’intégration de l’IA dans l’économie. Cela doit inclure la préparation des employés à s’adapter aux changements dans la manière de travailler mais aussi une facilitation des investissements et de l’adoption des technologies fondées sur l’intelligence artificielle.

Sources :

La Conversation scientifique par Etienne Klein ‘L’intelligence peut-elle devenir artificielle ?’ France Culture

https://www.franceculture.fr/emissions/la-conversation-scientifique/lintelligence-peut-elle-devenir-artificielle

https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/intelligence-artificielle_1550708.html

https://www.economie.gouv.fr/files/files/PDF/2017/Rapport_synthese_France_IA_.pdf

https://www.forbes.com/sites/greatspeculations/2017/10/25/getting-ready-for-prime-time-of-artificial-intelligence-investing/2/#7717a1a02137

https://www.lesechos.fr/15/06/2017/LesEchos/22466-103-ECH_l-ia–concentree-par-une-poignee-d-acteurs.htm

http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/start-up/2017/10/25/32004-20171025ARTFIG00258-l-intelligence-artificielle-fait-courir-les-investisseurs-en-europe.php

https://www.contrepoints.org/2017/01/31/279562-intelligence-artificielle-travail-dans-le-futur

[1] https://www.contrepoints.org/2017/01/31/279562-intelligence-artificielle-travail-dans-le-futur

[2] CB Insights, Janvier 2017

[3] McKinsey Global Institute, 2017

[4] Tractica; Transparency Market Research.

(c) Photo de couverture:

L’Union Européenne : d’une crise économique à une restructuration possible?

Par Aurelia Le Frapper

La crise financière et économique à laquelle l’union européenne est aujourd’hui confrontée est le résultat d’une succession d’anémies économiques. Si la crise des dettes souveraines est souvent mentionnée comme le catalyseur de la crise européenne, il ne faudrait pas négliger l’élément déclencheur de ce marasme économique : la crise des subprimes. En 2007 la crise du crédit immobilier, communément appelée « les subprimes », n’est qu’un élément précurseur de la faillite de la banque Lehman Brothers le 15 septembre 2008. Les marchés s’affolent, la crise financière américaine se propage à l’ensemble du globe et les pays européens entrent en récession.

En effet, la crise des subprimes engendre une perte d’argent des banques qui réduisent instantanément le nombre de crédits accordés à leurs clients par peur qu’ils leur fassent défaut. Dans l’objectif d’atténuer les effets de la crise et de sauver les banques, les états européens mettent en place des politiques économiques de relance (la finalité est de relancer la croissance en diminuant les impôts ou en augmentant les dépenses étatiques, notamment en incitant l’investissement) aggravant les dettes et déficits publics : débute alors la crise des dettes souveraines, une conséquence de l’endettement excessif des états Européens. En 2009, la Grèce révèle la situation catastrophique de ses finances publiques : au lieu des 3,7 % de déficit annoncés, il s’agissait en fait de 12,7% du PIB et la dette publique à hauteur de 113,4% : les faiblesses de l’économie grecque éclatent au grand jour. Face à la dissimulation de leurs chiffres, la note de la dette grecque est dégradée par les agences de notation : inquiets, les investisseurs, augmentent les taux auxquels la Grèce peut emprunter de l’argent. Face à cette situation, l’union européenne et le FMI décident, en échange d’un plan de rigueur radical, de lui prêter jusqu’à 110 milliards d’euros en trois ans.

Néanmoins rien n’y fait, et une effroyable mécanique se met en place. Les finances publiques des autres états européens se dégradent : Les PIIGS (Portugal, Italie, Irlande Grèce, Espagne) inquiètent de plus en plus les marchés financiers. L’UE annonce un plan d’aide de 750 milliards d’euros en partenariat avec le FMI en contrepartie de la mise en place de politiques de rigueurs de l’ensemble des États concernés.

L’exécution par les pays européens de strictes politiques d’austérité (la finalité étant la réduction de la dette publique par la hausse d’impôt et/ou la baisse des dépenses publiques) finit par toucher l’économie réelle de manière désastreuse. Un cercle vicieux se met en place. Face à cette situation, les ménages réduisent leur consommation, les entreprises gèlent les salaires et procèdent à des licenciements : la récession s’aggrave, le chômage augmente.

Source: Eurostat

Ainsi, la crise de la dette souveraine dans la zone d’euro a fragilisé l’union de l’ensemble des États Européens. La récession a frappé l’économie européenne, la croissance s’est contractée, les investisseurs se sont faits remarqués par leur absentéisme et le chômage a augmenté. En outre la crise ayant aussi et surtout touché les marchés bancaires, les banques ont été fragilisé conduisant à une diminution importante de prêts interbancaires (entre les banques) et par corrélation à une réduction de prêts bancaires aux ménages et entreprises.

La crise économique qui touche l’Europe n’est que l’illustration de l’existence d’une « Europe à deux vitesses ». Les crises successives ont fait apparaitre une hétérogénéité croissante des économies de la zone euro et ont révélé une vraie difficulté de convergence des politiques économiques, traduisant la faiblesse de la gouvernance économique européenne.

L’hétérogénéité des situations économiques au sein des États Européens, plus particulièrement au sein de la zone euro a été l’un des catalyseurs de la crise européenne. La divergence économique croissante au sein des Vingt-sept est non seulement révélée par les différences de compétitivité entre les pays mais aussi par la non-coordination des politiques économiques. En effet, les politiques budgétaires des états restent très nationalistes et non coopératives : beaucoup ont recours au dumping social (modification du droit du travail pour inciter l’implantation d’entreprises) et fiscal (accorder des avantages fiscaux aux entreprises, à l’instar du Luxembourg).

Ces crises successives ont aussi révélé l’absence d’un état fédéral, d’une Europe des nations : une difficulté à avoir un système de redistribution commun, où chacun se doit d’assurer son propre développement économique, d’établir son propre régime de protection social ou encore de bâtir un système éducatif parfait… Or certains États, notamment ceux d’Europe centrale, n’ont pas la possibilité d’investir dans ces domaines-là, affaiblissant ainsi d’autant plus la gouvernance économique de cette union.

De son côté la BCE instaure un premier programme de rachats des dettes publiques- le Security Market Program (SMP) – suivi, lors de l’arrivée de Mario Draghi à la tête de la BCE en 2011, de la mise en place d’un système similaire mais plus ambitieux : l’Outright Monetary Transactions (OMT). Il ne sera, au final, jamais vraiment utilisé. Progressivement, l’économie se redresse : en 2015 la croissance revient pour de bon au sein de la zone euro. En effet, cette dernière est parvenue à renforcer ses institutions, avec par exemple, la mise en place de l’union bancaire. Aujourd’hui, plus de doutes possibles : la zone euro est définitivement sortie de la crise. L’Eurozone devrait connaitre une croissance de 2,2 % en 2017 et l’UE, une hausse de son PIB à hauteur de 2,3% en 2017.

Néanmoins se pose à ce jour la question de savoir si l’Union Européenne sera capable de surmonter définitivement les crises politiques qui la traversent, tout en parvenant à bâtir une Europe unie et sociale. Est-elle finalement prédestinée à se transformer en État fédéral, en les « États-Unis d’Europe » ?

https://www.economie.gouv.fr/facileco/causes-crise-leuro

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/08/09/20002-20170809ARTFIG00219-subprimes-dix-ans-apres-les-effets-de-la-crise-se-font-encore-sentir.php

https://www.touteleurope.eu/actualite/l-economie-europeenne-et-l-euro.html

http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/11/09/la-croissance-atteindrait-2-3-dans-l-union-europeenne-en-2017_5212549_3234.html

(c) Photo de couverture: ifri.org

Assassin’s Creed Origins: une nouvelle ère dans l’histoire du jeu vidéo ?

Par Yael Kunz

Le 27 octobre dernier sortait le dernier opus de la série de jeux vidéos à succès, Assassin’s Creed : Assassin’s Creed Origins. L’opus était très attendu par les fans de la série et a été encensé par la critique dès sa sortie. Annoncé comme l’épisode du renouveau, il a visiblement tenu sa promesse, proposant un gameplay innovant et même étonnant au vue des précédents opus de la série, et offrant un nouveau regard sur le jeu vidéo en général. Certains membres de la communauté gaming espèrent même que la sortie de ce jeu permettra d’ouvrir la voie à un changement de mentalité et, surtout, amènera ceux qui jusque là étaient réticents face aux jeux vidéos, à les considérer comme média à part entière et comme une certaine forme d’art. Car si les jeux vidéo font plus souvent parler d’eux par leur violence que par leur contenu ( comme se fut encore le cas récemment avec les campagnes de Wolfenstein II, Detroit ou encore The Last of Us 2 ), Assassin’s Creed Origins a le mérite d’être aborder sous d’autres angles, notamment celui de sa relation avec l’ Histoire.

A vrai dire, la corrélation entre jeu vidéo et Histoire n’est pas quelque chose de nouveau. En effet, le succès de la série Battlefield par exemple est principalement du à cette volonté d’insérer chaque opus dans un contexte bien précis, comme c’est le cas avec la Première Guerre mondiale dans Battlefield 1 où l’on peut revivre des batailles emblématiques de cette période – telle que la bataille de Verdun – armé de fusils à verrou ou de gaz de combats – des armes qui étaient bel et bien utilisées à cette période. Il y a donc bien une volonté d’offrir aux joueurs un gameplay cohérent, qui s’inscrit dans une certaine réalité historique.

Matthieu Letourneux, chercheur français en littérature, a notamment relevé l’importance de la période médiévale, qui est très fortement représentée dans les jeux vidéo, essentiellement à travers l’univers fantasy. Néanmoins, il reconnaît également l’apparente opposition entre les jeux vidéo et l’Histoire. Quand, dans les jeux vidéoi, le gameplay repose sur une histoire qui ne peut être prédite à l’avance, afin d’entretenir le suspense et l’envie du joueur, l’Histoire, elle, a déjà été écrite. C’est là que réside la puissance d’un jeu tel qu’Assasin’s Creed : s’il utilise l’Histoire comme contexte, c’est bien les parties d’ombres de cette même Histoire qu’il utilise comme bases pour son gameplay. Maxime Duran, historien ayant travaillé sur la production Assassin’s Creed explique :

« Nous exploitons les petits manques de l’Histoire. Par exemple, lors de la prise du Palais des Tuileries, Napoléon Bonaparte était présent, mais l’Histoire n’explique pas pourquoi. Nous si. »

De ce fait, on pourrait notamment comparer la série Assassin’s Creed à des films tel que Da Vinci Code, où certains faits ou éléments historiques marquants de l’Histoire sont exposés, tout en apportant une intrigue riche et complexe sur les raisons cachées de ces événements.

L’essence même de la série Assassin’s Creed repose sur le conflit opposant Templiers et Assassins. Les Templiers font bien sûr référence à l’ordre religieux et militaire chrétien qui se distingua notamment durant la période des Croisades ( XII°-XIII° siècle ). Les Assassins  quant à eux font référence aux Nizârites, une communauté qui professait une lecture ésotérique du Coran, et qui existait à peu près au même moment que celle des Templiers. Si les deux communautés ont donc bel et bien existé et professé des visions contraires, le jeu exploite ici le peu de sources historiques disponibles afin de mettre en place ce qui deviendra la base de la mythologie du jeu : le conflit entre deux organisations qui auraient perduré au fil des siècles et qui seraient à l’origine des grands moments ( notamment ceux inexpliqués ) de l’Histoire telle que nous la connaissons. Cette mythologie propre au jeu repose également sur des artefacts tel que la Pomme d’Eden qui est, elle aussi, liée à la véritable Histoire, certains de ses fragments étant présents dans des objets d’une grande importance historique tel que l’épée d’Excalibur. Il y a donc ce parallèle entre l’Histoire en tant que contexte, qui est présentée de façon assez cohérente dans les jeux, et l’Histoire en tant qu’outil, utilisée afin de développer une intrigue et un monde à part entière. Il ne faut pas confondre l’Histoire et l’histoire. C’est pourquoi il ne faut pas interpréter tout ce qu’il se passe ou que l’on peut voir dans les Assassin’s Creed comme de purs faits historiques car il y a en effet des incohérences dans les différents jeux : la présence de Dickens à Londres dans Assassin’s Creed Syndicate, par exemple, alors que ce dernier n’y était pas présent au moment où se déroule l’action du jeu, reflète la volonté de l’équipe d’Assassin’s Creed de rendre hommage aux grandes figures de l’époque, même si cela signifie tordre la réalité afin de l’adapter au jeu.

De ce fait, certains réfutent sa qualité de jeu dit « historique ». Mais comme le dit Aymar Azaizia, directeur contenu de la marque Assassin’s Creed :

« On a pas la prétention de faire un document historique de référence international. On a pour prétention de faire un jeu qui redonne avec excellence le sentiment qu’on pouvait avoir à l’époque. »

C’est là que réside tout l’aspect historique et enrichissant de ce jeu, et notamment du dernier opus, qui est en préparation depuis début 2014. Dans Assassin’s Creed Origins, le joueur se retrouve très vite familiarisé avec un contexte qui est celui de l’Egypte de -49 avant JC. Les premières minutes du jeu peignent le portrait de la vie quotidienne de ces habitants, leurs habitudes et la façon dont ils rendent hommage à leurs dieux par exemple. On y voit aussi le pharaon Ptolémée, traversant la cité à dos d’éléphant d’une façon majestueuse et imposante, reflétant bien la propagande pharaonique de l’époque. Plus tard dans le jeu, Bayek, le personnage joué, fait la connaissance d’importants personnages tel que Cléopâtre ou Jules César et se familiaris avec la période post-ptolémaïque, l’arrivée de l’Empire romain en Egypte et la préparation de la guerre civile. Non seulement le joueur baigne dans ce contexte historique, mais il découvre également les différents aspects de la vie quotidienne et surtout les différents lieux (temples, ville, désert, habitat…). Le joueur est très vite amené à ressentir ce qu’un habitant de l’Egypte antique pouvait ressentir face à ce qui se trouvait autour de lui. Il est amené à connaître la réalité de la vie à l’époque. Pour ce faire, le directeur artistique d’Assassin’s Creed Origins explique que l’équipe artistique a notamment joué sur les proportions des temples et des statues : l’angle de vue ayant tendance à écraser le paysage dans le jeu, ils ont exagéré les proportions afin de re-créer l’impression qu’on pouvait avoir devant les monuments tel qu’ils étaient en réalité. De plus, un gros travail de recherches a dû être effectué, non seulement pour transformer l’image de l’Egypte telle qu’on la connaît aujourd’hui afin qu’elle corresponde à celle qu’elle était deux millénaires auparavant, mais surtout pour re-créer des monuments – tel que la bibliothèque d’Alexandrie- ou même des villes entières – telle que Memphis- qui n’existent plus aujourd’hui. Ainsi, l’équipe du jeu est parvenue à apporter une dimension bien plus réelle et palpable à des monuments aujourd’hui disparus et dont on ne pouvait jusque-là avoir un aperçu que par le biais d’écrits de l’époque ou de croquis.

Avec ce dernier opus, il y a également une volonté d’accentuer l’intérêt historique et pédagogique du jeu. En effet, le 27 octobre dernier, l’équipe du jeu a privatisé le département des antiquités égyptiennes du British Museum. Différentes activités et visites thématiques y ont été organisées tout au long de la journée afin de présenter certains aspects de la vie égyptienne à cette époque ( l’art égyptien et la religion, les hiéroglyphes, la création du monde dans l’Egypte ancienne… ) et d’expliquer par quels moyens ils ont été retranscrits dans le jeu. C’est d’ailleurs lors d’une conférence ce jour-là que l’équipe d’Assassin’s Creed a annoncé la création du mode Discovery Tour. D’après Jean Guesdon, le directeur créatif du jeu, ce nouveau mode donne au jeu une nouvelle dimension, celle d’être « un musée à ciel ouvert ». Ainsi, Assassin’s Creed Origins pourra être utilisé afin de découvrir et apprendre l’Histoire.

À vrai dire, le jeu était déjà utilisé par quelques professeurs afin d’enseigner certains événements historiques à leurs élèves et ce, par le biais d’un outil que la plupart connaissent bien : le jeu vidéo. En filmant le parcours de leur personnage, ces professeurs pouvaient ainsi montrer à leurs élèves à quoi ressemblait le Paris du XVIIIe siècle et les différents lieux historiques liés au programme qu’ils enseignaient. Certains ont également mis en avant les différentes incohérences du jeu, en s’appuyant sur des sources historiques afin de créer  une discussion en classe et développer le sens critique de leurs élèves. Un professeur d’histoire-géographie, a même mis à profit les critiques dressées par Jean-Luc Mélenchon à l’égard du jeu Assasin’s Creed Unity, qui selon lui renvoyait une image négative de la Révolution française et du personnage de Robespierre, montrant à ses élèves qu’un jeu vidéo peut également avoir un enjeu politique.

D’ici février 2018, avec ce nouveau mode, Assassin’s Creed ne sera plus seulement un outil pouvant être utilisé à des fins pédagogiques, mais reflétera une volonté d’enseigner aux joueurs l’Histoire dans laquelle ils évoluent. En effet, ce mode annexe proposera au joueur de se plonger dans l’environnement et la vie quotidienne de l’époque à travers différentes visites guidées (le phare d’Alexandire, les pyramides…) ou explications (la momification, le personnage de Cleopâtre…), qui ont été écrites par des égyptologues. La longueur de ces visites a même été étudiée dans l’optique de pouvoir être exploitée au mieux en classe, une vidéo de 20 minutes sur un cours d’une heure permettant de donner les informations nécessaires tout en laissant assez de temps pour pouvoir en discuter ensuite.

     Ainsi, avec ce mode sans gameplay, Assassin’s Creed Origins renverse le rôle du jeu vidéo et repousse ses possibilités. Dans la peau de Bayek, le joueur peut désormais remonter le temps, et évoluer dans une civilisation aujourd’hui perdue, d’une façon qui se rapproche au mieux de la réalité. Cette expérience historique et interactive qui peut, d’un certain point de vue, être reconnue comme authentique, nous force à considérer le jeu vidéo, non plus comme un unique passe-temps, mais comme un outil artistique, historique et culturel à part entière.