Résultats des élections en Italie : le retour du passé fasciste?

Le 25 septembre, l’Italie a choisi Giorgia Meloni des Frères d’Italie comme chef d’Etat. Avec 26% des votes, elle gagne la position de Présidente du Conseil. Tandis que Frères d’Italie fête sa victoire, Saviano, journaliste menacé par la mafia et sous protection policière permanente, publie une page noire avec un seul mot : résister. « L’extrême-droit gagne en Italie » écrivent la BBC, The Guardian, Le Monde, El Pais, The New York Times et The Washington Post. En ce moment, en Italie, c’est la guerre culturelle et les débats enflammés montre un pays qui n’a jamais fait complètement face à son passé noir.

Déshonneur du terme « fasciste »

Il y a cent ans, le 28 octobre 1922, Mussolini commençait la Marche sur Rome qui portait à la chute des valeurs démocratiques en Italie et à la propagation du fascisme en Europe. Le passé honteux du fascisme italien et ses conséquences internationales désastreuses sont depuis longtemps imprimées dans la mémoire collective. Selon la loi n.645 article 4 du 20 Juin 1952, l’éloge du fascisme constitue un crime qui doit être sanctionné et non pas une opinion. Le terme « fasciste » est alors devenu immensément chargé d’émotion et renié collectivement. 

Aujourd’hui, Giorgia Meloni réfute fermement les allégations reçues. « Je lis des articles où je suis décrite comme un danger pour la démocratie et d’autres absurdités. Rien de tout cela n’est vrai. La droite a relégué le fascisme à l’histoire » déclare-t-elle dans une vidéo en Français, Anglais et Espagnol destinée à la presse étrangère. Est-il donc possible que toutes les allégations faites soient entièrement des manipulations médiatiques de la part de la gauche ? 

Histoire de Giorgia Meloni et de Frères d’Italie

« Moi, je crois que Mussolini était un bon politicien. C’est -à -dire que tout ce qu’il a fait, il a fait pour l’Italie ; et on ne retrouve pas ça dans les politiciens italiens des derniers 50 ans » dit une jeune Giorgia Meloni dans une interview en français pour Soir 3 en 1996. Dans cette ancienne vidéo, elle présente déjà les caractéristiques d’une militante au ton autoritaire. 

C’est durant cette période-là qu’elle devient le leader de plusieurs organisations extraparlementaires néofascistes, telles que « Action étudiante » dont le symbole est une variation de la croix celtique et « Action Jeunes », section jeunesse du MSI, parti ouvertement néofasciste. Ainsi, on pouvait tracer une ligne directe entre MSI et Giorgia Meloni qui était déjà beaucoup critiquée. 

Contexte: qu’est-ce que le MSI

En 1943, Mussolini est destitué lorsque le gouvernement se rebelle et signe une armistice avec les alliés. Dans la confusion générale, l’Allemagne nazie envahi le centre-Nord d’Italie et crée l’état fantoche « République Sociale Italienne » ou RSI sous le commandement de Mussolini. Plus tard, apres la guerre et l’effondrement du RSI, les principaux survivants de la République Sociale Italienne fondent le Mouvement Sociale Italien ou MSI après la défaite fasciste. Le symbole choisi, c’est la flamme tricolore. Une hypothèse émise est que la flamme se rapproche du distinctif des Arditi, une partie de l’armée, dont le symbole officiel était un crâne sur fond noir. L’autre hypothèse, bien plus connue, est que le symbole du MSI représente la flamme éternelle sur le tombeau noir de Mussolini. MSI se renouvelle en Alliance nationale entre 1994 et 2009. En 2012, trois ans après la mort ‘définitive’ du mouvement, Giorgia Meloni fonde Frères d’Italie et incorpore l’ancien symbole associé communément aux néofascistes. Le même jour où Giorgia déclare avoir « relégué le fascisme à l’histoire », Liliana Segré, sénatrice à vie et rescapée d’Auschwitz conteste : « Dans ma vie j’ai entendu parler de tout et plus, les mots ne m’affectent donc pas plus. Qu’elle commence par enlever la flamme tricolore du symbole de son parti ». 

En Mai, Giorgia Meloni avait definit Giorgio Almirante, fondateur du MSI comme un « homme courageux, honnête, respecté et estimé par ses amis mais aussi par ses adversaires ». Toutefois, Almirante était rédacteur du journal nazi et fortement antisémitique « Il Tevere », et signataire du « Manifeste sur la race ».

Idéologie fasciste ?

Mais l’objet de la controverse ne concerne pas seulement l’histoire et les symboles. En Juin, Giorgia Meloni se rend en Andalousie et dans son discours en soutien au Vox, elle enonce « Oui à la famille naturelle, non aux lobbys LGBT, oui à l’identité sexuelle, non à l’idéologie de genre, oui à la vie, oui à l’universalité de la croix, non à la violence islamiste, non aux grandes finances internationales, non aux bureaucrates de Bruxelle. Vive l’Italie ! ». 

Opposée aux droits LGBT et au mariage pour tous, à l’avortement, à l’immigration massive,  pro-nataliste et de forte identité catholique, elle déclare dans un célèbre discours en 2019 : « Je suis Giorgia, je suis une mère, je suis italienne, je suis chrétienne ! Vous ne me l’enverrez pas !». À faire discuter c’est aussi sa devise « Dieu, patrie et famille ». 

Face de ces slogans, il est indéniable que des références ou des pensées fascistes sont employées. Toutefois, le contexte actuel et celui d’il y a 100 ans est plutôt différent. « Moi je n’ai rien à voir avec le fascisme. Le fascisme est mort en 1945, moi je suis née 30 ans après » dit Giorgia Meloni dans une interview. En fait, le terme « fascisme » peut être interprété de deux manières :

1. Doctrine, système politique nationaliste et totalitaire que Mussolini établit en Italie en 1922.

2. Doctrine ou système politique tendant à instaurer dans un État un régime totalitaire du même type

Giorgia Meloni ne possède pas le pouvoir d’instaurer un totalitarisme fondé sur le fascisme. Dans une ancienne vidéo, Sandro Pertini, politicien antifasciste, déclare « Moi je respecte toutes les fois politiques mais non plus le fascisme, car le fascisme opprimait celui qui ne pensait comme lui ». Pour cette raison, Giorgia Meloni, représentante du parti le plus à droite qui existe dans la République italienne, pourrait être identifiée comme « postfasciste » qui selon la définition officielle est « une idéologie revendiquant l’héritage fasciste tout en connaissant un processus de révision idéologique et stratégique qui les conduit à abandonner la perspective totalitaire ».

Direction future ?

Giorgia Meloni a pris le pouvoir le 23 octobre. Même si on ne peut pas encore juger clairement ses politiques, on peut déjà noter des incohérences entre ses promesses antifascistes et les décisions de sa coalition. 

En parlant de l’avortement, Giorgia Meloni ne se déclare pas en faveur. Puis, elle se dit contraire à la modification de l’article 194, qui permet l’avortement. Le 19 Octobre, Maurizio Gasparri, sénateur de droit, propose une loi pour reconnaître la capacité juridique du fœtus et l’introduction de la “Journée de la vie naissante parmi d’autres.”

Giorgia Meloni se déclare fortement atlantiste et garantit les relations entre Italie et Ukraine. En même temps, sa coalition est formée avec Salvini, leader de la Ligue et ancien activiste pro-Poutine, et Berlusconi qui déclare avoir reçu des lettres « très douces » et 20 bouteilles de vodka par son ami Poutine. Le 14 octobre des notes où l’ancien Président insulte Giorgia Meloni sont retoruvées. Le même jour, Frères d’Italie choisit Fontana comme président de la Chambre des Députés, unrand admirateur de Poutin qui avait définit les couples du même sexe comme « illégaux » et « dégoutants ». La Russa, politicien collecteur de souvenirs fascistes du « Duce » comme il montre à la caméra dans une vidéo de 2018, est élu Président du Sénat.

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https://www.tgcom24.mediaset.it/politica/infografica/camera-striscione-contro-fontana-no-a-un-presidente-omofobo-pro-putin-_56026174-202202k.shtml

Si on regarde la définition officielle du fascisme, on peut dire que le gouvernement actuel n’est pas proprement fasciste. Toutefois il y a de forts signaux que le passé fasciste n’a pas été universellement condamné en Italie. En même temps, incohérences idéologiques et nécessités pragmatiques contradictoires signifient que la direction future de l’Italie n’est pas encore évidente.

Leonardo Luciano

Photo de couverture: Gregoire Borgia/AP/picture alliance

Sources:

https://www.tgcom24.mediaset.it/politica/infografica/camera-striscione-contro-fontana-no-a-un-presidente-omofobo-pro-putin-_56026174-202202k.shtml

https://tg24.sky.it/politica/2022/10/19/aborto-gasparri-ddl-diritti-nascituro

https://www.lepoint.fr/monde/italie-giorgia-meloni-et-son-gouvernement-ont-prete-serment-22-10-2022-2494842_24.php#11

https://www.corriere.it/foto-gallery/politica/22_settembre_25/i-titoli-stampa-estera-reazioni-risultati-elezioni-politiche-foto-887d6292-3d1a-11ed-823a-d6cc1a3a6eda.shtml

https://www.dw.com/fr/giorgia-meloni-gouvernement-italie-premi%C3%A8re-ministre/a-63516093

https://www.ft.com/content/93fdba66-a437-43dc-9164-356d3b641258

https://www.theguardian.com/world/2022/oct/13/ignazio-la-russa-brothers-of-italy-politician-fascist-relics-elected-senate-speaker

https://www.politico.com/news/2022/09/29/italys-meloni-trump-gop-00059363

https://www.emilemagazine.fr/article/2022/9/26/marc-lazar-elections-italiennes

https://www.ansa.it/lombardia/notizie/2022/08/12/liliana-segre-meloni-inizi-a-togliere-la-fiamma-dal-logo_d53bc83a-df21-449b-89e0-ba1b3286fd80.html

https://www.repubblica.it/politica/2022/10/14/news/berlusconi_appunti_meloni_senato-369979897/