Biodiversité, Sécurité Alimentaire et Changement Climatique : Pourquoi les Aires Marines Protégées Sont Essentielles

Une récente étude publiée dans le journal Nature montre que protéger au moins 30% des océans aurait des bénéfices colossaux, tant économiques qu’environnementaux. En investissant dans la capacité régénératrice de la nature, il est possible de préserver la biodiversité, sécuriser un approvisionnement durable de nourriture et réduire les émissions de gaz à effet de serre. 

Gestion Non-Durable des Ressources Marines

L’océan a un potentiel énorme pour répondre à la dégradation environnementale et à l’augmentation de la population mondiale. De plus en plus de chercheurs mettent en avant la réserve de nourriture (poissons, algues, crustacés…) qui se trouve dans les mers et qui pourrait être clé pour nourrir l’humanité dans le futur. En plus d’abriter une très riche biodiversité, l’océan est un puits de carbone naturel. Par exemple, les mangroves, les marais salants et les herbes marines ont une capacité d’absorption du dioxyde de carbone bien supérieure à celle des forêts terrestres. Il apparaît donc que plusieurs challenges de notre époque trouvent leurs solutions dans le grand bleu. La clé est dans une gestion durable des ressources. 

Il faut repenser la manière dont l’océan est exploité. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la pêche mondiale a explosé, en particulier en termes d’innovation et d’amélioration des techniques. Si dans un premier temps cela a permis une augmentation de la production halieutique mondiale, depuis plusieurs décennies, on voit une perte de productivité, en particulier depuis les années 1990 (voir graphe de la FAO ci-dessous).  

Prises marines mondiales de 1950 à 2012 (en millions de tonnes par an)

Cela signifie que malgré le progrès technique et l’augmentation du nombre de pêcheurs à travers le monde, les quantités pêchées stagnent. Cette baisse de rendement s’explique en grande partie par la surpêche, qui empêche les populations de poissons de se renouveler normalement. Dans le monde, il est estimé qu’environ 90% des stocks de poissons sont exploités au maximum de leur capacité ou surexploités, selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture). 

Si les choses continuent, les conséquences sur le long terme seront dramatiques. Premièrement, au niveau de la sécurité alimentaire, l’augmentation de la population mondiale exerce une pression sur des ressources déjà limitées. De plus, la perte de biodiversité déstabilise complètement les écosystèmes, ce qui menace le futur de l’océan. 

Crédit : Ivonne Wierink ; chalutier dans la mer des Wadden

Protéger les Espaces Marins

Considérant le potentiel des fonds marins à répondre à nos besoins futurs et le danger dans lequel il se trouve, la Banque Mondiale recommande de réduire les efforts de pêche dans le monde de moitié. Une étude de 2017 montre que cela permettrait aux ressources marines de se régénérer. Sur le long terme, le résultat serait une pêche plus productive et plus avantageuse économiquement. 

Diviser par deux les activités marines semble peu probable. En revanche, la direction à suivre apparaît plus claire : il faut changer la manière dont on consomme l’océan. Une étude de la National Geographic Society montre que protéger certains espaces stratégiques générerait des bénéfices pour le climat, pour la sécurité alimentaire mondiale, et pour la biodiversité. Préserver les milieux marins uniques permettrait de réduire l’impact des activités humaines et de sauver des espèces irremplaçables. De plus, les poissons dans les aires marines protégées sont présents en plus grandes quantités et sont plus gros. Sachant qu’ils restent rarement au même endroit, ce débordement hors de la zone remplirait à nouveau l’océan. Ces espaces stratégiques à protéger sont par exemple des zones de reproduction. Au-delà des poissons et des crustacés, restaurer la flore marine participerait à mitiger les effets du réchauffement climatique, en absorbant le gaz à effet de serre.

Investir dans les capacités régénératrices est une stratégie de long terme nécessaire. L’étude prévoit que mettre en place la protection de 30% de l’océan coûterait environ $140 milliards par an d’ici 2030. Mais elle prévoit que les bénéfices générés dépassent de très loin l’investissement, tant sur le plan économique qu’environnemental. Il faut cependant agir vite, car attendre signifie continuer la dégradation des ressources. 

Coopération Internationale

L’étude conclut en soulignant l’importance de l’entraide entre pays pour mettre en place une protection efficace de l’océan. Pour le moment, seul 7% de l’océan est protégé. Multiplier les aires marines protégées est dans l’intérêt de tous, et générerait des bénéfices partagés. Il est donc normal de partager les coûts. La coopération internationale sur le sujet est vitale pour dédier les ressources nécessaires aux endroits qui produisent le plus de bénéfices. Protéger l’océan est primordial pour notre futur. En adoptant une approche stratégique et une gestion durable des milieux marins, il est possible de générer des bénéfices colossaux pour tous. 

Zoé Furgé

Photo de couverture : Shutterstock 

Pour en savoir plus : 

L’étude de la National Geographic Society : https://www.nature.com/articles/s41586-021-03371-z#citeas

Sala, E., Mayorga, J., Bradley, D. et al. Protecting the global ocean for biodiversity, food and climate. Nature (2021). https://doi.org/10.1038/s41586-021-03371-z

Article d’Enric Sala, qui a mené l’étude : https://www.project-syndicate.org/commentary/marine-protected-areas-benefit-oceans-climate-humanity-by-enric-sala-2021-03

Rapport de la Banque Mondiale sur les reserves de pêche mondiales : https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/24056/9781464809194.pdf?sequence=8&isAllowed=y

World Bank. 2017. The Sunken Billions Revisited: Progress and Challenges in Global Marine Fisheries. Washington, DC: World Bank. Environment and Sustainable Development series. doi:10.1596/978-1-4648-0919-4.