Danser Avec le Dragon : Comment les Nations Asiatiques Devraient Approcher la Chine ?

« L’art suprême de la guerre est de soumettre l’ennemi sans combattre. » La montée de la Chine est souvent considérée comme étant la plus grande menace à la liberté et à la démocratie dans le monde. Pourtant, en essayant désespérément de renforcer leurs défenses, il semble que les nations de l’Ouest aient oublié que ceux qui se trouvent dans le voisinage chinois sont les plus à risque et doivent peser leurs options pour formuler une stratégie efficace et équilibrée dès que possible. Bien que beaucoup de personnes soient soulagées que les politiques de Donald Trump se terminent bientôt, la seule qui sera regrettée par certains gouvernements asiatiques est sa position forte contre la Chine. De plus, en considérant que la stratégie chinoise est en partie dérivé de « L’Art de la Guerre » de Sun Tzu, qui a écrit la première citation puissante de cet article, il est clair qu’il ne reste plus beaucoup de temps.

Le Moyen Empire Contre-Attaque

Quand le partenariat régional économique global (RCEP en anglais) a été signé en novembre, on a pu sentir le changement d’équilibre géopolitique. Presque un tiers de la population humain et sa production économique sont devenues liée par cet accord de libre-échange énorme avec plusieurs centaines de milliards de dollars en jeu. Les modèles prédisent que le RCEP pourrait contribuer jusqu’à 500 milliards de dollars au commerce mondial d’ici à 2030. Pour la Chine, c’était son premier accord commercial multilatéral et un instrument pour atteindre ses buts – par exemple, l’accord est vague sur les détails, ce qui lui permet de protéger sa gestion économique domestique. En plus, en étant le marché le plus grand pour la majorité des nations asiatiques, la Chine peut utiliser son influence afin d’établir les règlementations et en outre, la meilleure efficacité des chaînes d’approvisionnement attirera plus d’investissements étrangers qui développeront les défenses chinoises contre les tensions commerciales. 

En même temps que la nouvelle route de la soie (« Belt and Road Initiative, BRI » selon l’acronyme anglais), l’accord est juste une autre mesure prise dans le cadre du plan de Xi Jinping pour devenir la nation prééminente du monde en remplaçant les États-Unis. Donc qu’est-ce que les Chinois font d’autre ? Et comment les pouvoirs régionaux répondent-ils ?  

Les dirigeants asiatiques se sont rencontrés en ligne pour la conférence d’ASEAN cette année [Bureau Présidentiel Philippin]

Paix et Hostilité 

Il y a un proverbe chinois qui dit : « Paix et tranquillité, voilà le bonheur ». Ainsi il semblerait que le but chinois moderne n’est pas le bonheur. Militairement, Pékin a amélioré sa position et exercé son comportement agressif sur la région, en particulier en mer de Chine méridionale où elle rivalise avec le Vietnam, la Malaisie, les Philippines, et le Brunei pour le contrôle de la pêche, des gisements d’huile et de gaz, et d’autres endroits significatifs. Hanoï a décrit la situation comme « coopération tout en luttant ». Les experts en politique étrangère ont identifié un affrontement sérieux en mer de Chine méridionale comme un « conflit à surveiller en 2020 ». Plus important encore, le sous-continent asiatique est devenu une poudrière majeure avec un incident de frontière fatal avec l’Inde, un nouvel accord militaire avec le Pakistan, et l’arrivée chinoise en Asie Centrale notamment suivant le retrait américain d’Afghanistan et l’influence russe déclinante dans la région.

Quant à la « vingt-troisième province » soi-disant, Taïwan, son ministre étranger a remarqué que la situation « devenait plus alarmante ». Récemment, la Chine a organisé plusieurs manœuvres en mer et dans les airs dangereusement près de l’ile de Taïwan. Bien que, avant 2020, bon nombre avait convenu qu’une invasion était improbable, maintenant, certains craignent que la COVID-19 ait mis assez de pression sur le Parti Communiste pour qu’il prenne des mesures radicales. Personnellement, je pense que l’action immédiate est peu probable mais il est certain que Pékin a identifié le président Tsai Ing-wen, qui défend la cause pour l’indépendence officiel de Taïwan, comme une menace et continuera à provoquer et déstabiliser son gouvernement à Taïpei. 

Un porte-avions de la marine américaine en mer de Chine méridionale [Kaila V. Peters/US Navy]

Démocratie ou Tyrannie 

Le Japon est le contrepoids le plus important à l’agression chinoise – il se trouve au centre de tous les accords régionaux majeurs tels que le CPTPP (selon l’acronyme en anglais) qui est un accord plus détaillé de 2018 qui inclue l’Australie et le Canada, mais pas la Chine. L’absence de l’Inde du RCEP (un autre contrepoids possible) a déçu Tokyo qui, avec le premier ministre Yoshihide Suga, appellent pour l’extension du CPTPP pour contenir la Chine. Cependant, le Japon n’est pas le seul qui essaie de modérer l’influence chinoise. Le Vietnam a collaboré étroitement avec les États-Unis, malgré leurs différences historiques et la rhétorique insultante de Trump, surtout avec les préoccupations concernant le risque pour la sécurité de Huawei. De plus, Hanoï a sous-entendu qu’elle est prête à travailler avec les marines étrangères. En soulevant des inquiétudes des droits de l’Homme et la diplomatie du « piège de la dette » de la Chine, pour la plupart, les nations asiatiques attendront une Maison Blanche mondialiste ; y compris l’Indonésie, la Corée de Sud et les Philippines qui, même avec le président controversé Rodrigo Duterte, réaffirment leur « engagement partagé dans la démocratie ». La majorité des dirigeants asiatiques s’attendront à ce que Joe Biden mélange la prudence silencieuse d’Obama et l’agression bruyante de Trump au regard de la politique vers la Chine.

Finalement, il faut se souvenir que bien que le RCEP soit étiqueté comme une victoire chinoise, il n’aurait pas pu être possible sans la diplomatie remarquable de la puissance moyenne, ASEAN, qui continuera à être une partie centrale en Asie pour l’avenir prévisible. Les faits nous montrent que ce sera « le siècle asiatique » mais cela ne veut pas dire nécessairement qu’il doit être chinois. 

Omar Khan

Photo de couverture: Défilé chinois à une conférence d’ASEAN passée [Quartz]

Références:

https://www.iiss.org/blogs/analysis/2020/11/rcep-trade-deal

https://www.theatlantic.com/international/archive/2020/10/taiwan-us-china-donald-trump/616657/

https://carnegieendowment.org/2020/09/30/rough-waters-ahead-for-vietnam-china-relations-pub-82826

https://www.cfr.org/blog/top-conflicts-watch-2020-armed-confrontation-south-china-sea

https://thediplomat.com/2020/04/asean-leaders-hold-virtual-summit-amid-covid-19-pandemic/