Les milliardaires et la politique : une combinaison toxique ?

Récemment, Michael Bloomberg s’est lancé dans la course chez les démocrates pour l’élection présidentielle des États-Unis. Le milliardaire, dont la valeur nette dépasse les 50 milliards de dollars, prétend que ce serait avant tout l’absence d’un autre candidat démocrate qui pourrait mener à la victoire contre Donald Trump. En effet, ce dernier a également annoncé sa candidature pour un nouveau mandat et cette décision a attiré de nombreuses critiques venant de jeunes électeurs mais aussi d’autres membres du parti démocrate.

Michael Bloomberg

Donald Trump, lui-même un milliardaire, est souvent critiqué pour son dévouement total au capitalisme et pour sa politique administrative, que ses détracteurs dénoncent comme l’une des causes majeures des inégalités socio-économiques aux Etats-Unis. Les protestations et manifestations contre sa présidence sont tellement fréquentes qu’elles ont même engendré la création d’un article dédié sur Wikipédia. Ces protestations se sont même globalisées comme en témoigne la « Women’s March » qui a rassemblé près de 5 millions de participants dans le monde entier[1].

Donald Trump

Sur la scène internationale, les politiciens milliardaires se retrouvent également confrontés à l’hostilité et au rejet de l’électorat ; en République Tchèque, le Premier ministre Andrej Babiš, le deuxième plus riche citoyen du pays, affronte actuellement les plus grandes manifestations depuis 1989 et l’abolition du régime communiste.

Andrej Babis

Pourquoi les mandats des plus riches politiciens tournent-ils aussi mal dans la plupart des cas ? La réponse la plus évidente réside dans le fait que majoritairement, les milliardaires au pouvoir en profitent pour servir leurs propres intérêts. Par exemple, Donald Trump et ses malversations ont été dénoncées par l’organisation non gouvernementale Global Witness qui évalue la corruption et les abus politiques envers les pays en développement. Cette ONG a examiné les multiples échanges et investissements de l’occupant de la Maison Blanche : l’accord commercial avec la République dominicaine qui en réalité ne sert qu’à faciliter ses investissements dans l’immobilier, le blanchiment d’argent dans un de ses nombreux hôtels au Panama, le népotisme, les dépenses publiques dans les hôtels de luxe dont le Président est propriétaire – cette série ne semble pas avoir de fin. Par ailleurs, la chambre des Représentants a également entamé une procédure de destitution en relation avec l’affaire ukrainienne et les tentatives de Donald Trump de manipuler les prochaines élections[2].

Pendant ce temps-là, Babiš et le scandale du « Stork Nest » impliquant des détournements de fonds de l’Union Européenne, suivi par ses tentatives de manipulation du système judiciaire, ont bouleversé l’opinion tchèque. L’investigation menée par les officiels européens et par la police a montré des irrégularités sévères. Babiš a été inculpé mais grâce à ses manœuvres électorales et ses connections, il a non seulement protégé son immunité, mais aussi manipulé le système judiciaire à son avantage. Aujourd’hui, le premier ministre reste libre, à son poste, sans aucune conséquence.

Cependant, il serait incorrect de réduire l’échec de la « politique milliardaire » à la seule corruption de ses membres. De manière plus approfondie, il est légitime de se demander si ces dirigeants, qui ne connaissent que la richesse et le confort, sont vraiment capables de mener un pays et de résoudre les problèmes d’une population bien au-dessous de leur standard de vie.

Les plus riches sont non seulement corrompus mais ils ignorent aussi la réalité des sociétés qu’ils dirigent, ils paraissent déconnectés, même fous selon bon nombre de citoyens. Michael Bloomberg adore particulièrement se vanter de ses accomplissements contre le changement climatique, la prolifération des armes à feu ou dans le domaine de la santé pendant son mandat de maire de New York. Mais ce qu’il oublie, inconsciemment ou non, est de mentionner la mise en place d’un racisme institutionnel à New York ou son indifférence face aux milliers de citoyens condamnés à une survie dans l’extrême pauvreté. A présent que sa campagne est lancée, il a interdit à son empire médiatique toute enquête ou article ayant sa campagne pour sujet. Peut-on vraiment supposer qu’un tel politicien présenterait un meilleur choix que Donald Trump en 2020 ? Y a-t-il un choix « moins pire » que l’autre ?

Certains électeurs continuent de trouver ces candidatures positives et utiles. Après tout, diriger un pays devrait être assez similaire à la gérance d’une entreprise… En omettant les échecs financiers de Donald Trump, on peut en effet accorder à ces milliardaires une certaine dextérité dans la direction de leur empire lucratif. Mais la distinction essentielle est qu’un pays n’est en aucune façon la propriété du président comme l’a pu l’être leur entreprise ; le pays appartient aux gens qui y vivent, y travaillent, y fondent leur famille. Les affaires d’un pays ne peuvent fondamentalement pas être gérées comme les affaires d’une entreprise et le but principal n’est plus de faire un maximum de profit. Les milliardaires ne se rendent pas compte que leurs actions peuvent affecter des millions de gens : ce n’est plus un jeu de risques – il s’agit d’une nation, d’un peuple. Les présidents et premiers ministres milliardaires introduisent des divisions et des conflits qui ne sont que le résultat de leur « business-gouvernance ». Les Etats-Unis n’ont jamais été aussi polarisés depuis la fin de la Guerre de Sécession. Quant à la République Tchèque, elle éprouve actuellement une immense crise judiciaire, marquée par une chute drastique de la confiance des citoyens envers les institutions démocratiques : il y a cinq ans, une telle situation aurait paru impossible.

La solution est simple – ne pas voter pour les milliardaires. Malheureusement, de nombreux électeurs ignorent leur inaptitude, maîtres de la manipulation et capables de répandre leur propagande grâce à des fonds illimités. Certaines réactions sont positives et il faut espérer que les prochaines élections reflèteront les intenses protestations de ces derniers mois.

[1] https://web.archive.org/web/20170123010344/https://www.womensmarch.com/sisters Accédé : 27.10.2019

[2] https://www.globalwitness.org/en/campaigns/corruption-and-money-laundering/trump-deals/

 

Par Wojtek Kozakowski