Présidentielles américaines : quels scenarii possibles ?

Par Raphaël Cario

Nous sommes maintenant à quelques heures de la fin du cycle présidentiel américain, qui dure depuis près de 18 mois. Alors que les américains pensaient l’issue de l’élection plus ou moins certaine depuis que Hillary Clinton, la candidate démocrate, avait pris une avance certaine sur son opposant républicain, Donald Trump, la course semble se resserrer, diversifiant les scénarios envisageables et donc le résultat possible de l’élection.  En effet, alors qu’on pensait l’affaire des emails de l’ancienne secrétaire d’Etat, derrière elle depuis que le FBI l’avait classée, James Comey, -le même directeur ayant clos le dossier- le réouvre moins d’une semaine avant la fin du scrutin. Alors que la course se resserre à l’approche de l’échéance électorale, il n’est pas absurde d’envisager une victoire du candidat républicain. Suivant les électeurs allant voter ou pas, par exemple les Latino-Américains, les Afro-Américains, les anciens supporters de Bernie Sanders ou les Républicains centristes, les résultats pourraient être favorables, voire même très favorables à Donal Trump. 

Alors que la course se resserre à l’approche de l’échéance électorale, il n’est pas absurde d’envisager une victoire du candidat républicain. Suivant les électeurs allant voter ou pas, par exemple les Latino-Américains, les Afro-Américains, les anciens supporters de Bernie Sanders ou les Républicains centristes, les résultats pourraient être favorables, voire même très favorables à Donal Trump.

Si une mobilisation des centristes du parti républicain se fait, par opposition à Hillary Clinton, et pour doter un congrès républicain d’un président qui ne mettra pas son véto aux lois qui lui sont amenées, une courte victoire est possible. En effet, Trump pourrait dès lors envisager de gagner la totalité des swing-states de l’Est ainsi que certains Etats penchant généralement pour le parti démocrate (New Hampshire) et des Etats qui semblaient leur échapper il y a encore deux semaines (Nevada ou l’Arizona). Mais pour atteindre les 270 voix requises, il faudrait par exemple que Donald Trump gagne le deuxième district électoral du Maine. En effet, ce petit Etat du nord de la nouvelle Angleterre est un des seuls (avec le Nebraska) où l’organisation électorale du Winer-Takes-All (le premier remporte tous les électeurs de l’Etat) n’est pas appliquée ; l’Etat est divisé en deux districts correspondant aux circonscriptions électorales, ce qui a pour conséquence que cet Etat, votant d’ordinaire démocrate, puisse malgré tout faire gagner une voix à Trump qui semble en mesure de gagner le deuxième district.

Le scénario le plus favorable à Donald Trump est, très certainement, celui où des électeurs renonceront à aller voter pour Hillary Clinton par exemple, en raison des nouveaux rebonds dans le scandale des emails, ou des révélations selon lesquelles Clinton aurait eu accès, grâce à la présentatrice de CNN Donna Brazile, à certaines questions avant un des débats de la primaire. Beaucoup ont commenté en disant que cela marquait la fin du ralliement à la candidate des anciens supporters du sénateur, et candidat malheureux, Bernie Sanders[1]. Dans ce cas-là, et dans celui où le vote des minorités serait bas, certains Etats comme la Floride, le Colorado ou le Nevada se retrouveraient, non pas hors de portée, mais bien compliqué pour l’ancienne Secrétaire d’Etat. En effet, ce sont des Etats qui reposent en partie sur ce qu’on a appelé The Obama Coalition, composée de jeunes, d’étudiants et de minorités. C’est donc pour cela que l’on voit dans ces Etats la présence active de l’actuel président, bien déterminé à pousser ces populations à se déplacer le 8 novembre. Un meeting de Barack Obama à Philadelphie, ville à la population afro-américaine très importante et sur laquelle repose en partie l’Etat de Pennsylvanie et ses 20 grands électeurs, a d’ailleurs été marqué par la phrase du Président : « Don’t boo ! Vote ! » après qu’il a été interrompu par un partisan du candidat républicain. Tout est donc fait pour empêcher ce scénario.

Même si les sondages montrent Trump mener dans les Swing-States de la côte est, Hillary Clinton et son équipe de campagne peuvent être tranquilles, tant que ces derniers remportent les Etats votant ordinairement démocrate ainsi que deux autres Etats clés. En effet les Etats des Grands Lacs (Wisconsin, Illinois, Michigan et Missouri) sont très clairement favorables à Clinton et représentent à eux seuls 56 voix. Ajouté à cela, les Etats de la nouvelle Angleterre (exceptés le New Hampshire et le Maine), représentant 106 voix, et n’ayant pas voté républicain depuis 1988, ainsi que la totalité de la côte est (Californie, Washington, Oregon), représentant 74 voix, et certains Etats du Sud-Ouest comme le Nouveau Mexique, Clinton a déjà un capital sûr de 220 à 240 voix sur les 270 requises.  Si Hillary tient en Virginie, dans le New Hampshire et dans le Colorado, trois Etats où elle mène, elle peut remporter la victoire assez facilement. Cependant, la candidate démocrate semble être en passe de perdre le New Hampshire où les sondages donnent en moyenne deux points d’avance à Donald Trump. L’issue de l’élection serait donc drastiquement altérée. Mais cependant un détail doit être pris en compte : une partie des voix ont déjà été enregistrées.

Depuis plusieurs semaines des millions d’américains votent déjà avec les différents systèmes de Early Voting. On estime que près d’un tiers auront voté avant le 8 novembre. Cela facilite le vote des minorités, et peut faire basculer, par exemple, le Nevada, Etat gagné par Trump dans les sondages depuis le début de la semaine, mais qui semble pouvoir être remporté par la candidate démocrate grâce aux 27% de Latino-Américains et 9% d’Afro-Américains qui votent massivement pour elle[2]. De la même manière la Floride et le Colorado pourraient être remportés, donnant un dernier scénario bien plus avantageux pour Clinton. Dans ce scénario-là, qui fait partie de ceux ayant le plus de chances de se réaliser, les Etats aux minorités faibles mais à la population col-bleu importante seraient remportés par Trump (Ohio, Iowa, etc.) et ceux aux fortes minorités par Clinton. Cela aurait l’avantage certain de donner une majorité solide à la candidate démocrate qui remporterait des Etats cruciaux et au nombre de voix important, verrouillant la configuration électorale.

Dans tous les cas, l’élection, à ce stade, ne se joue plus sur le nombre de soutiens ou les propositions, mais bien sur la mobilisation ou non des américains et de certains blocs d’électeurs.   C’est pour pousser à cette mobilisation, qu’on voit Clinton et ses soutiens majeurs faire massivement campagne dans les Etats qui lui sont théoriquement déjà acquis.

[1] http://www.reuters.com/article/us-usa-election-latinos-idUSKBN1310YU

[2] http://www.huffingtonpost.com/entry/cnn-donna-brazile_us_58176f0ae4b0990edc325a78