L’Europe face à un tournant décisif ?

Par Charles Stevenson 

Face à la violence sanguinaire des attentats contre Charlie Hebdo, les chefs d’Etat des premières puissances européennes ont répondu avec une démonstration d’unité pacifique. On reconnait notamment le premier ministre britannique, la chancelière allemande et le président de la République les bras entrelacés: une image de solidarité, qui encore au siècle passé, aurait été inimaginable.

Le 23 juin prochain, le peuple britannique prendra une décision aux répercussions continentales, voire mondiales. En effet, le référendum sur le maintien du Royaume-uni au sein de l’Union européenne sera soumis à un vote populaire. Le 20 février passé, le premier ministre David Cameron a arraché de nouvelles concessions à Bruxelles. Les citoyens anglais aviseront ainsi s’ils s’estiment satisfaits du nouveau statut de leur pays où s’ils préfèrent couper les ponts qui lient l’île-mère au continent.

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Le débat concernant les répercussions potentielles d’une telle séparation fait rage: en cas de “Brexit”, surnom donné à la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, la rupture des accords de libre-échange pourrait causer une  chute du PIB de 3% en 15 ans selon certaines analyses et l’Ecosse revoterait sans doute son indépendance. La raison primaire pour laquelle les Britanniques doivent répondre par un “oui” résonnant se situe pourtant à un niveau bien plus fondamental.

Depuis la création de l’Empire romain, les Européens se sont entretués avec autant de hargne que de régularité. Cette barbarie a atteint son sommet durant la première moitié du siècle passé par deux conflits comptabilisant,  rien que sur le Vieux Continent,  au moins 50 millions de morts. Or, depuis 70 ans, l’Europe occidentale vit une période historique de paix et d’unité. La destruction sans précédent causée par la Seconde Guerre mondiale a instillé dans le coeur des dirigeants de nations, rivales depuis des siècles, la volonté de tisser des liens qui empêcheraient qu’une telle tragédie se reproduise sur leur sol. L’Union européenne, malgré ses nombreuses imperfections, est l’incarnation du succès, là où le panarabisme proposé par Nasser a échoué. Il s’agit également d’un exemple pour ceux qui espèrent encore unifier le continent africain sous la bannière du panafricanisme.

La racine même du terme “frontière” renvoie à la guerre dont elle résulte. En diminuant l’importance des séparations internes de son espace Schengen, et en instaurant une interdépendance économique et étatique à tous les niveaux, l’UE a réduit le risque d’un conflit armé entre ses membres à un souvenir lointain. À l’heure où le monde est confronté à des défis sans précédents en terme de démographie, de sécurité et surtout de protection de l’environment, l’importance de coordonner la réponse des Etats les plus développés est sans égale. La survie de notre espèce dépend de sa capacité à s’unir. Cette cohésion doit commencer par une réaffirmation de la part du Royaume-Uni qu’il est prêt à tenir le rôle central qui a toujours été le sien en sein de l’Europe.

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On oublie souvent qu’à sa création, les Etats-Unis d’Amérique étaient composés de treize colonies, ethniquement diversifiés et très divergentes en terme d’idéaux. Aujourd’hui encore, le pays, divisé et en perte de crédibilité comme il l’est, constitue un ensemble bien plus hétérogène que se l’imaginent la plupart des Européens. Néanmoins, l’époque de la Guerre de Sécession parait bien lointaine. Espérons que, à cette image, les Etats-Unis d’Europe sauront surmonter les difficultés auxquelles ils sont confrontés et que, dans 150 ans, on trouve de chaque côté de l’Atlantique, un ensemble, qui aura gardé toutes les particularités culturelles qui font sa richesse, mais qu’on ne pourrait imaginer divisé.